Nous dépassâmes bientôt la Seyne, l'hôpital de St Mandrier, le Mourillon et arrivés à la presqu'ile de Giens nous distinguons déjà très bien les trois îles. Nous avions une mer d'huile sur laquelle se reflétait le ciel bleu. J'en étais enthousiasmé. Il n'y avait pas 20 heures que nous étions encore à Paris, sous un ciel gris, pataugeant dans la boue et enveloppé dans nos grosses pelisses.

Ah, pensais-je, comment ce peut-t-il qu'il y ait des gens assez sots pour rester tout l'hiver à Paris enfermés dans leur appartement, sous un ciel brumeux, au lieu de venir passer l'hiver dans le Midi.

Nous passons rapidement devant Porquerolles, les Mèdes Bogoud et Port-Cros. Enfin après 3 heures 1/2 d'une traversée magnifique nous nous amarions à la bouée placée dans la charmante petite baie de l'Avis. La yole nous conduisit aussitôt à terre.

Toute la famille Guillon était réunie sur la plage nous attendant et avertie de notre arrivée par les coups de sifflets répétés de la Nora Creina. Après les saluts d'usage on nous conduisit par un chemin tortueux et montagneux au sommet d'une colline sur laquelle se trouve le château. On nous montra nos chambres situées au premier et ayant vue splendide sur la mer et sur le continent. Aussitôt descendus au jardin on nous mena sur une grande terrasse devant le château. Ce qui me frappa singulièrement c'était de voir une si grande quantité d'agaves venant ici à l'état sauvage, des palmiers et des orangers plantés en pleine terre.

De cette terrasse on aperçoit devant soi le continent, à gauche et à droite s'étend l'île.

Quelle est l'étendue de l'île, demandais-je à mon oncle Fernand?

—Sa superficie est de 1,400 hectares me répondit-il: Sa longueur de l'est à l'ouest est de 8 kilomètres, tandis qu'elle n'a qu'un kilomètre et demi de largeur moyenne.

La pointe que vous avez devant vous sur le continent, représente le cap Bénat, à droite est le mouillage du Lavandon, distant de l'île de 14 kilomètres. Ce petit village que l'on aperçoit sur la hauteur est le village de Bormes dont dépend le Lavandon: en regardant à droite vous verrez la baie de Cavalaire, plus loin la pointe Camarat derrière laquelle se trouvent St-Raphaël, Cannes, Nice, Monaco, etc. Quant au côté gauche, le rocher que vous voyez près de Bénat est le fort de Brégançon. Puis les Salins d'Hyères, autre mouillage ayant un chemin de fer, et qui n'est distant de l'Ile du Levant que de 23 kilomètres. Au dessus est la ville d'Hyères, renommée pour la douceur de son climat.

En ce moment, mon attention fut attirée par le soleil qui se couchait. Jamais je n'avais vu spectacle pareil. L'horizon semblait tout en feu; le soleil se confondait avec la mer, ce qui lui donnait des proportions gigantesques. La cloche du dîner nous réunit tous dans la salle à manger.