Les îles d'Hyères, et entr'autre l'île du Levant, ont une certaine renommée pour l'abondance de leurs langoustes. Chaque année, au printemps et en été, des pêcheurs génois et napolitains s'établissent sur les îles et s'adonnent à cette pêche.
Les langoustes se prennent à l'aide de paniers dans lesquels on introduit des morceaux de poissons comme appât. La langouste peut bien entrer dans le panier, mais une fois qu'elle y est, elle ne peut plus en sortir.
Le lendemain vers 8 heures je partis à cheval avec le garde pour faire une excursion dans l'intérieur de l'île.
Il y a un grand chemin carrossable qui traverse toute l'île. Outre ce chemin il y en a une multitude d'autres plus petits, tels que chemins de traverse, sentiers de chasse, etc.
Après avoir passé les murs d'enceinte, le cimetière et la Vierge noire, nous laissons à droite la vallée des Suisses et nous arrivons au Javieu. A notre droite s'étend la mer à perte de vue. Le Javieu, composé de deux vallons, les mieux abrités de l'île, est entièrement défriché et défoncé à 60 centimètres; deux maisons y sont élevées.
Sur la colline du Javieu sont les ruines d'un ancien couvent de bénédictins. Nous remontons un peu et nous nous trouvons à l'ombre d'une forêt de pins et d'arbousiers, puis nous débouchons dans un vallon appelé, me dit le garde, le Canier. Les ruines d'une vieille ferme s'y élèvent. Toute cette partie de l'île est très giboyeuse, car, étant très éloignée de l'Avis, on n'y chasse pas souvent.
Nous trottons encore pendant quelques temps et nous arrivons au Titan.
Le vallon du Titan a un kilomètre de longueur et possède la meilleure terre de toute l'île. Une magnifique ferme avec annexes y est bâtie, la mer vient presqu'au pied des habitations. Arrivés là nous descendons de cheval, nous mangeons quelques figues et buvons à une source excellente. Nous attachons nos bêtes à un arbre et le garde me conduit voir les ruines de la tour du Titan. Cette tour avait été construite comme poste d'observation contre les pirates. Nous remontons en selle et nous voilà partis pour le Sémaphore qui fait un service public de dépêches. Le Sémaphore est occupé par la famille Dupont qui habite l'île depuis 18 ans. Je descends de cheval et M. Dupont, chef guetteur, m'offre des rafraîchissements, après quoi il se met en devoir de me faire visiter le Sémaphore. Dans la salle du télégraphe je trouve un tableau indiquant la moyenne des jours de pluie à l'île, que je m'empresse de reproduire ici. Notez bien que ce n'est pas le nombre de jours de pluie mais bien le nombre de fois qu'il a plu.
| 1880 | 1881 | ||
|---|---|---|---|
| Janvier | 7 | Janvier | 9 |
| Février | 3 | Février | 3 |
| Mars | 2 | Mars | 2 |
| Avril | 4 | Avril | 1 |
| Mai | 5 | Mai | pas |
| Juin | 2 | Juin | ” |
| Juillet | pas | Juillet | ” |
| Août | ” | Août | 1 |
| Septembre | 1 | Septembre | 4 |
| Octobre | 3 | Octobe | 4 |
| Novembre | 8 | Novembre | 6 |
| Décembre | 1 | Décembre | 12 |
| —— | —— | ||
| Total | 36 | Total | 42 |