Une seule chose me tourmentait, c’était mon frère. Son modeste grade de pilotin l’obligeait d’exécuter des travaux pénibles et souvent dangereux. J’aurais voulu les partager avec lui, si le capitaine me l’eût permis; mais à bord d’un navire la discipline exige que chacun garde son rang et sa position.

Mon frère, d’un caractère gai, courageux, et d’une capacité au-dessus de son âge, avait un si grand désir de devenir un bon marin, que rien ne lui coûtait pour atteindre ce but.

Nous arrivâmes au passage de l’équateur. La cérémonie du baptême, qui a été décrite trop souvent pour en ennuyer mes lecteurs, se célébra à bord de la Victorine avec toute la pompe possible. Le bonhomme la Ligne, en grand costume, nous fit sa visite. Chaque néophyte reçut le baptême, et prononça le serment exigé par les marins liés par la foi conjugale.

Nous passâmes, trop rapidement pour que je m’y arrête, l’île de l’Ascension et le cap de Bonne-Espérance, si connus.

La Victorine, après un voyage heureux, mouilla dans le Port-Louis.

Le lendemain, je descendis à terre: j’avais hâte de parcourir une ville située à trois mille lieues de ma patrie, et qui, selon l’idée que je m’étais formée, devait entièrement différer de nos cités d’Europe.

Je fus, je l’avoue, bien désappointé.

Le Port-Louis, capitale de l’île Maurice, me fit l’effet d’une de nos villes de France; j’y retrouvai à peu près les mêmes costumes, les mêmes usages, les mêmes hommes, à cela près de quelques nègres esclaves qui singeaient les blancs, et de quelques métisses qui jouaient les grandes dames.

On y donnait des bals, on y jouait l’opéra, et l’on s’y battait en duel comme à Paris, et peut-être plus qu’à Paris.

Les hautes montagnes de Piterbott, le Pouce, et les fruits, étaient seuls différents; on y mangeait cependant des pêches qui, pour le goût, ne différaient en rien de celles d’Europe.