L’église dont j’avais fait jeter les fondations s’élevait à vue d’œil ; la population du bourg s’accroissait chaque jour, et tout allait au gré de mes désirs.

J’avais bien toujours des difficultés avec les bandits endurcis qui m’environnaient; mais je les poursuivais sans relâche, car il était de mon intérêt de les éloigner de mon habitation.

Très-souvent ils me causaient de vives alarmes et des alertes.

Ces hommes résolus et déterminés arrivaient par bandes pour faire le siége de notre maison; nous étions cernés.

Mes gardes se rangeaient autour de moi, et nous livrions des combats très-fréquents, mais qui se terminaient pour nous toujours avantageusement.

La Providence a des secrets inouïs. Jamais la balle d’un bandit ne m’a frappé. Je porte la trace de dix-sept blessures, mais ces blessures ont toutes été faites avec des armes blanches. On pourrait dire de moi, comme dans je ne sais plus quelle ballade écossaise: «N’a-t-on pas vu les soldats du diable passer à travers les balles, au lieu que ce soient les balles qui passassent au travers d’eux?» En effet, j’ai reçu bien des coups de fusil, quelques-uns à bout portant; j’ai souvent vu le canon d’un fusil dirigé sur ma poitrine à quelques pas de moi, mes vêtements ont été troués par le plomb; mais mon corps a toujours été respecté.

Un matin, on vint m’avertir que des bandits étaient réunis à quelques lieues de ma demeure, et qu’ils se disposaient à venir l’attaquer.

A cette nouvelle, j’armai mes gens et je partis à la rencontre de la troupe qui devait m’assaillir, pour prévenir son attaque.

A l’endroit qui m’avait été indiqué, je ne trouvai personne, et je passai ma journée à battre les environs, dans l’espoir de faire quelque rencontre; toutes mes recherches furent inutiles.

Tout à coup la pensée me vint qu’un ennemi secret m’avait pu donner le change, et qu’au moment où j’allais au-devant d’un danger sans doute imaginaire, ma maison, que j’avais abandonnée, était peut-être attaquée.