La surprise de ces hardis visiteurs ne saurait se décrire lorsqu’ils nous trouvèrent, en arrivant à Jala-Jala, calmes, tranquilles, et dans une sécurité presque parfaite.

Cette surprise augmenta lorsqu’ils virent en entier notre colonie; et, à leur retour à la ville, ils firent un tel récit de notre retraite et des divertissements qu’on y trouvait, que bientôt nous reçûmes d’autres visites, et j’eus à donner l’hospitalité, non-seulement à des amis, mais à des étrangers[3].

Si parfois nos affaires nous forçaient d’aller à Manille, nous revenions tout de suite à nos montagnes et à nos forêts; car là, seulement, Anna et moi nous nous trouvions heureux.

Il aurait fallu de grandes raisons pour nous arracher à notre douce retraite; une circonstance bien simple cependant nous la fit quitter momentanément.

J’appris qu’un de mes amis, qui m’avait servi de témoin à mon mariage, était gravement malade[4].

Ce que le plaisir le plus vif, la joie la plus grande, la fête la plus splendide n’aurait pu obtenir de moi, l’amitié sut me le persuader.

A cette fâcheuse nouvelle, je résolus d’aller à Manille donner mes soins au malade, dont la famille me faisait demander; et comme mon absence pouvait se prolonger, je fis mes paquets, et nous partîmes, le cœur doublement attristé de quitter Jala-Jala pour une semblable cause.

A mon arrivée, j’appris que mon ami avait été transporté de Manille à Boulacan, province au nord de cette ville; on espérait que l’air de la campagne amènerait sa guérison.

Je laissai Anna chez ses sœurs, et j’allai rejoindre don Simon, que je trouvai en pleine convalescence; ma présence était inutile ou à peu près, et le voyage que j’avais fait sans résultats, si ce n’était celui de serrer affectueusement la main d’un excellent camarade, que je ne voulais pas quitter sans être certain que sa guérison fût parfaite.