La frayeur du Tagaloc et sa méprise me donnèrent envie de rire; mais je lui adressai une réprimande sévère sur la mauvaise intention qu’il avait eue d’abuser de l’hospitalité qu’on nous avait si gracieusement offerte.
Il se repentit, et me pria de l’excuser. Il était, je crois, assez puni par sa frayeur.
Je voulus le ramener à la cabane, ce fut impossible. Je lui laissai mon fusil, et je rentrai dans la case.
La pauvre fille était aussi tout effrayée.
Je la mis au courant de l’aventure, je la remerciai de l’accueil qu’elle nous avait fait; et, la nuit étant avancée, j’allai rejoindre Alila, qui m’attendait avec impatience.
L’espoir de revoir bientôt nos parents, notre pays, doubla nos forces; et avant le coucher du soleil nous atteignîmes un village indien, sans qu’il nous fût survenu rien de remarquable. C’était notre dernière étape.
Après ce long et intéressant voyage, j’arrivai à Quingua, bourg de la province de Boulacan, où j’avais laissé mon ami en convalescence.
Mon absence prolongée avait causé de grandes inquiétudes; ma femme, étant heureusement restée à Manille, ignorait le voyage que j’avais entrepris et exécuté.
Mon malade s’était écarté du régime prescrit, son mal s’était aggravé, et il m’attendait avec impatience pour retourner mourir, disait-il, dans sa maison: ses vœux furent satisfaits.
Nous partîmes quelques jours après mon retour, et nous arrivâmes le lendemain à Manille, où mon ami rendit le dernier soupir au milieu de sa famille.