Dans toute sa longueur du nord au sud, elle est divisée par une haute chaîne de montagnes, dont de grandes ramifications s’étendent à l’est et à l’ouest.
Son sol est essentiellement volcanique. On y remarque encore quelques volcans en combustion, de nombreux cratères éteints, et de grands bouleversements produits par des feux souterrains. Ses montagnes doivent leur origine à de grands soulèvements du sol.
Le volcan de Taal, au milieu du lac de Bombon, dans la province de Batangas, est toujours à l’état d’ignition; et, bien que depuis 1754 il n’ait pas fait de grandes éruptions, d’énormes colonnes de fumée s’échappent continuellement de son vaste cratère, qui n’a pas moins de quatre kilomètres de circonférence. L’éruption de 1754 fut si terrible, qu’à une distance de trente à quarante lieues la clarté du jour était obscurcie par l’immense quantité de cendres qu’il avait projetée dans l’air. A Manille, éloignée de vingt lieues, on entendit plusieurs détonations semblables à celles de la grosse artillerie. Les bourgs de Sala, Lipa, Tanaban et Taal, situés sur les bords du lac de Bombon, furent entièrement détruits.
Il est probable que ce volcan a des communications souterraines avec la haute montagne de Mainit, située au nord-est, à une distance de quatre à cinq lieues du lac de Bombon. Peut-être à une époque prochaine cette haute montagne se transformera-t-elle en un énorme volcan: elle menace continuellement de faire éruption; à son sommet, plusieurs crevasses laissent parfois échapper une épaisse fumée et souvent des flammes. A sa base, dans la partie baignée par les eaux du lac de Bay, surgissent de nombreuses sources thermales, à la température de l’eau bouillante. Toutes ces sources vont se jeter dans les eaux froides de Bay, et dégagent une si grande quantité de vapeur, qu’à une petite distance cette partie du lac paraît dans une ébullition continuelle. C’est dans ces sources que quelques auteurs ont prétendu que des poissons vivaient et que des plantes croissaient. Je puis assurer que c’est là une erreur.
L’île de Socolme, dont j’ai parlé, éloignée de quatre à cinq kilomètres des sources thermales, est un ancien cratère.
Dans les provinces de la Lagune et de Tayabas, plus à l’est de Mainit, la montagne de Majayjay, une des plus élevées de l’île de Luçon, a probablement été formée par un volcan dont le cratère, qui occupait le sommet, est maintenant un lac circulaire; sa profondeur n’a jamais pu être mesurée. A l’époque où ce volcan était en ignition, la lave qui coulait du sommet vers la base, dans la direction du bourg de Nacarlang, a probablement recouvert d’immenses cavités dans une grande étendue. Souvent, à la suite d’inondations ou de tremblements de terre, la couche volcanique qui recouvre ces cavités vient à se rompre, et laisse à découvert d’énormes profondeurs que les Indiens nomment bouches de l’enfer.
Entre Mainit et Majayjay, sur tout le territoire du bourg de San-Pablo, on trouve de distance en distance des petits lacs circulaires qui étaient autant de volcans. Les amas de pierre ponce et de laves de diverses natures qu’on remarque aux alentours de ces lacs ne laissent aucun doute sur leur première nature.
Le volcan de Mayon, qui, le 23 octobre 1766, fit une si terrible éruption, est situé tout à l’extrémité de Luçon, dans la province d’Albay. En 1814, une nouvelle éruption détruisit complétement le bourg de ce nom.
Tout le territoire de cette province est volcanique. On y trouve un grand nombre de cratères éteints, d’où l’on retire une grande quantité de soufre pour le commerce.
Tout à fait au nord de Luçon, les îles Babuyanes sont entièrement volcaniques. Dans ce groupe, celles nommées Camiguin, Dalapury et Fuya fournissent une grande quantité de soufre.