Pendant la durée de la mousson de sud-ouest, toute la partie de l’île située à l’ouest est dans la saison de l’hivernage, tandis que la partie opposée, à l’est, est dans la saison d’été, et vice versa, lorsque c’est le vent de nord-est qui règne. Celui qui voudrait éviter l’hivernage pourrait employer le même moyen que les Négritos ou Ajetas, lesquels, ainsi que je l’ai dit, changent de localité avec la mousson.
Le vent, dans une mousson ou dans l’autre, vient toujours de la mer. Il est arrêté par la haute chaîne de montagnes. Les nuages qu’il apporte, retenus par cette barrière, grossissent et s’accumulent jusqu’à ce qu’un orage vienne à se former. Alors le tonnerre gronde, la foudre sillonne l’air, la pluie tombe comme si le ciel avait ouvert ses cataractes; les rivières et les torrents grossis se précipitent dans la plaine, qu’ils fertilisent de tous les détritus et des terres limoneuses qu’ils ont arrachés au flanc des montagnes couvertes de hautes forêts. Mais bientôt le calme se rétablit, les nuages se dissipent, et le soleil luit de tout son éclat. Alors l’air est rafraîchi non-seulement pour les habitants de la région de l’hivernage, mais aussi pour ceux qui, de l’autre côté des montagnes, se trouvent dans la saison des sécheresses, car la brise qu’ils reçoivent a lamé cette fraîcheur dans la région humide qu’elle a parcourue.
Les orages, qui se répètent continuellement pendant la saison de l’hivernage, ne se passent pas toujours comme je viens de l’indiquer: souvent le tonnerre se fait à peine entendre, et la pluie tombe à torrents pendant cinq à six jours sans interruption; ou bien le vent ne suit pas son cours naturel. Dans moins de vingt-quatre heures, il parcourt tous les points de la boussole; il se déclare alors des ouragans ou tay-foungs, tels que je les ai décrits au commencement de ce livre.
Généralement, ces grands bouleversements de l’atmosphère arrivent au changement de mousson, pendant la lutte qui se livre entre le vent de nord-est et celui de sud-ouest. A cette époque aussi il survient des calmes de plusieurs jours, pendant lesquels les plus fortes et les plus accablantes chaleurs de l’année se font sentir.
§ III.—Regne minéral.
Le règne minéral est très-riche dans les Philippines.
L’or s’y trouve en paillettes et en grains dans presque toutes les rivières et les torrents.
Dans l’île de Luçon, les provinces de Tondoc, Nueva-Ecija, Camarines-Nord, en fournissent abondamment.
M. Oudan de Virly, Parisien d’origine, a longtemps exploité une mine en filon dans les montagnes nommées Caragas, dans l’île de Mindanao.
On trouve aussi à Luçon plusieurs mines de fer hydraté et d’aimant qui pourraient fournir à des exploitations gigantesques.