Cependant je dois ajouter une recommandation des plus importantes: c’est de ne jamais planter plus que l’on ne peut entretenir, et si l’on avait commis cette faute, abandonner plutôt une partie de la plantation pour soigner convenablement l’autre, que de mal entretenir le tout.
Culture a la charrue.
La culture de la canne à sucre à la charrue coûte moins que par défrichement; mais aussi elle produit un moins grand nombre d’années: deux récoltes, quelquefois trois, dans de très-bonnes terres.
Une des premières conditions est, vers les mois de novembre, décembre et janvier, de bien préparer la terre que l’on veut planter, de la rendre bien meuble en y passant au moins trois fois la charrue et deux fois la herse. Lorsque la terre est bien ameublie et bien labourée à la plus grande profondeur possible, on divise le champ par grands carrés de 80 à 100 mètres sur chaque face, entre lesquelles on laisse des allées de 3 et 4 mètres de large. Cette division est nécessaire pour faciliter l’incinération des feuilles à la récolte, comme il est dit pour les plantations par défrichement.
Lorsque le champ est divisé, on donne une troisième et dernière façon à la charrue. Cette dernière main-d’œuvre est pour tracer les lignes où doit être placée la canne. Ces lignes sont distantes les unes des autres de quatre pieds à quatre pieds et demi; et comme ce dernier labour se donne en forme de sillon, c’est la division de chaque sillon qui forme les lignes où doivent se faire les trous pour recevoir les plants.
Lorsqu’on a terminé le labour, on entoure la plantation de palissades pour les préserver des animaux qui pourraient détruire les cannes, et on prépare le plant comme pour une plantation par défrichement. Ensuite, des ouvriers, avec des pioches, ouvrent sur les lignes des fosses comme pour une plantation par défrichement, et d’autres ouvriers qui les suivent par derrière y placent le plant, et le recouvrent légèrement de terre.
Si la plantation s’est faite dans un temps convenable, il n’est pas nécessaire d’arroser; mais si c’était au moment des sécheresses, il serait indispensable, avant de placer le plant dans la fosse, d’y jeter un à deux litres d’eau. Ordinairement, c’est pendant la récolte que l’on fait les plantations, parce qu’alors on se sert pour plant des extrémités des cannes qui ont été récoltées; mais cette époque est celle des plus grandes sécheresses, l’eau est alors indispensable. C’est généralement une main-d’œuvre longue et coûteuse de transporter aux champs des milliers de litres d’eau: pour l’éviter, et pour éviter également trop de main-d’œuvre de sarclage, il faut avoir un champ de cannes destiné à la plantation, et qui doit exclusivement servir de pépinière pour le plant.
On fait la plantation au mois de décembre ou de janvier, avant de commencer la récolte, à l’époque où il n’y a plus de grandes pluies, mais où la terre est encore très-humide. Alors le plant pousse vigoureusement, et la canne est déjà grande lorsque les premières pluies commencent à tomber. Un sarclage ou deux suffisent pour détruire les plantes parasites, qui ne commencent à pousser qu’aux premières pluies.
Soit enfin que la plantation ait été faite pendant la sécheresse, ou à l’époque où la terre conserve encore de l’humidité, la culture pendant sa croissance est la même. Aussitôt les premières pluies, dès que la mauvaise herbe commence à pousser, il faut passer entre chaque rang la charrue, en ayant soin de conserver le sillon au milieu du rang, et de garnir toujours un peu les pieds des cannes. Après une façon de charrue, il est presque indispensable de sarcler avec la main et la pioche autour de chaque pied, pour détruire les mauvaises herbes que la charrue ne peut pas atteindre.
Ordinairement, pendant le temps que la canne met à pousser et à acquérir une hauteur assez grande pour que l’herbe ne pousse plus, il faut passer trois fois la charrue et sarcler trois fois.