Après avoir examiné le malade et causé quelques instants avec lui, je m’étais assis devant un guéridon pour griffonner une ordonnance.
Dans ce moment j’entendis derrière moi le frôlement d’une robe; je tournai la tête, la plume me tomba des mains... J’avais devant les yeux cette même femme que j’avais vainement poursuivie pendant si longtemps, et qui surgissait tout à coup comme dans un rêve!
Ma surprise fut si grande, que je balbutiai quelques mots inintelligibles, en la saluant avec une gaucherie qui excita son sourire.
Elle m’adressa la parole simplement pour s’informer de l’état de santé de son neveu, puis elle se retira presque aussitôt.
Quant à moi, au lieu de continuer le cours ordinaire de mes visites, je rentrai au logis; je fis à don Juan force interrogations sur madame de las Salinas; celui-ci satisfit complétement ma curiosité.
Il avait connu toute la famille de la jeune femme, qui jouissait dans la colonie de la plus grande considération.
Le lendemain et les jours suivants, je retournai chez la charmante veuve, qui voulut bien m’accueillir avec faveur. J’abrége tous ces détails, qui me sont trop exclusivement personnels... Six mois après ma première entrevue avec madame de las Salinas, j’avais demandé et obtenu sa main.
J’avais donc trouvé à plus de cinq mille lieues de mon pays le bonheur et la richesse. Il avait été convenu entre ma femme et moi que nous irions en France aussitôt que sa fortune, dont la plus grande partie se trouvait au Mexique, serait réalisée.
En attendant, ma maison était le rendez-vous des étrangers et surtout des Français, qui étaient déjà assez nombreux à Manille.
A cette époque le gouvernement espagnol m’avait nommé chirurgien-major du premier régiment léger et des miliciens du bataillon de la Panpanga.