Et sans mépris aussi je le puis refuser,
Je le separe assez des hommes du vulgaire:
Je trouve assez en luy ce qui me pourroit plaire;
J'estime sa vertu; j'admire sa valleur:
Mais à vostre refus il m'offriroit son coeur,
Et quoy que son amour puisse estre son excuse,
Je ne puis accepter ce qu'un autre refuse,

Nicanor.

Vous pourrez entre vous terminer cés debats,
Mais mon fils doit regner.

Elise.

Et ne regne t'il pas,
Puis que vous dont il tient la vie, & la lumiere,
Avez sur cét Estat une puissance entiere?
Du moins tout sans reserve y dependroit de vous,
Si vous pouviez aussi nous marier sans nous:
Mais à l'ordre du Roy qui du Sceptre dispose,
De grace examinons s'il manque quelque chose,
L'intention du Roy (vous en serez d'accord)
Est que l'une de nous soit Reine apres sa mort,
Et s'il veut qu'Amintas ait part en la Couronne,
C'est comme espoux d'Elise, ou celuy d'Alcione:
Mais de l'aymer jamais mon coeur est esloigné;
Il dédaigne ma soeur; il en est dédaigné,
Perdrons nous elle & moy pour cette antipathie,
Cypre, que nos ayeux nous ont assujettie?
Et pourra-t'il regner vostre fils Amintas,
Puisque ma soeur ny moy ne l'espouserons pas?

Nicanor.

Mon fils peut succeder à Pisandre mon frere,

Elise.

Ce frere fut son Roy; mais ce Roy fut mon Pere.

Amintas.