Maistre absolu de l'Empire de l'onde,
Par mille beaux exploits,
De mon Thrône flottant j'ay fait trembler des Roys,
Et ma puissance vagabonde,
En a veu soûmis à ses loix,
Qui voyoient à leurs pieds tout le reste du monde.
De ce lieu si voisin des Cieux,
Où le destin capricieux.
Avoit ma fortune portée,
En un moment elle tombe aux Enfers,
Et languit sous d'indignes fers,
Quand loin de la voir arrestée,
Je ne la croyois limitée,
Que des bornes de l'Univers.
J'ay veu cent fois au fort de la tempeste,
L'onde aux Cieux se méler;
Le foudre étincelant, fendre, abbatre, brûler,
Des voiles, des masts sur ma teste.
Je l'ay veu des rocs ébranler,
Et faire mille éclats du débris de leur faiste.
Cent fois dans ma noble fureur,
Portant la guerre & la terreur,
Aussi loin qu'alloit mon courage,
J'ay veu la mort s'opposer à mes pas;
Mais qu'un visage plein d'appas,
Fait souvent trembler d'avantage,
Que le foudre, que le naufrage,
Que la guerre, & que le trépas!

SCENE II.

OROSMANE, AMINTAS.

Orosmane.

Approche mon vainqueur; mais vainqueur sans combattre.
Viens voir si dans ses maux mon coeur se laisse abbatre,
Ou plustost si mes fers sont aisez à briser.
O des Princes ingrats le plus à mépriser,
Viens pour ne me plus craindre, estre mon homicide;
Tu peux bien estre lâche, ayant esté perfide.

Amintas.

Je ne reconnois plus ce vainqueur moderé,
De qui j'avois tantost le courage admiré.

Orosmane.

Et je reconnois moins ce vaincu magnanime,
De qui le faux éclat a surpris mon estime.

Amintas.