Orosmane.

Si vous m'aymez encore, ô divine Princesse!
De tous ces longs malheurs qui me suivoient sans cesse,
Je ne conserve pas le moindre souvenir,
Je perds mesme la peur de tous maux avenir,
Et puis qu'enfin le Ciel permet que je vous voye,
Je ne m'en plaindray plus quelque mal qu'il m'envoye.

Elise.

Ne craignons rien du Ciel apres un bien si doux,
Ce ne peut estre en vain qu'il s'est changé pour nous
Nos fidelles amours si long-temps tourmentées,
Nos peines, nos douleurs à la fin surmontées,
Témoignent que le Ciel en nous faisant souffrir,
N'a voulu qu'éprouver ce qu'il vouloit cherir.

Amintas.

Un malheureux amant, trop heureuse Princesse,
Ne peut plus estre icy qu'un objet de tristesse,
La sienne troubleroit vos mutuels plaisirs.
Et toy puissant obstacle à mes justes desirs,
Et de qui le bonheur acheve mon desastre,
Par quel charme secret, quel ascendant, quel Astre
As-tu pû suborner mon coeur à me trahir,
A t'aimer malgré moy, toy qu'il devroit haïr?
Je te devois la vie; Elise peut t'apprendre,
En quelle occasion je viens de te le rendre.
Je veux briser tes fers, puisque je l'ay promis:
Mais, ô le plus mortel de tous mes ennemis,
Il faut que j'obeïsse au sort qui me maistrise;
Il faut qu'encore un coup je te dispute Elise,
Et quoy que sans espoir de jamais l'acquerir,
Que je l'afflige au moins ne pouvant l'attendrir.

Elise.

Ha! n'attens rien de moy par une telle voye,
Ny d'Alcandre ennemy que jamais je te voye.

Amintas.

N'esperez pas aussi qu'Amant desesperé,
Je laisse mon Rival dans un calme asseuré.