[Note 380: ][ (retour) ] Les Bergeries de Racan (1625). Quant aux quatre autres pastorales dont les noms suivent, il n'en est que deux dont, après les plus minutieuses et les plus longues recherches dans les répertoires les plus complets, j'aie retrouvé les titres, ou à peu près. Le Mercier est évidemment le Mercier inventif, pastorale en 5 actes, en vers, publiée à Troyes, chez Oudot (1632, in-12), pièce bizarre et fort libre. Le Contraire en amour ne peut être que les Amours contraires de du Ryer, pastorale en 3 actes, en vers (1610), à moins que ce ne soit Philine, ou l'Amour contraire, autre pastorale de la Morelle (5 a., vers 1630). Je n'ai pu trouver la moindre trace de Ploncidon, non plus que de la Belle pêcheuse (il y a la Belle plaideuse, tragic. de Boisrobert; les Pêcheurs illustres, de Marcassus, et autres pièces dont le titre se rapproche plus ou moins de celui que donne notre auteur, mais pas de Belle pêcheuse). Du reste, la façon dont sont tronqués ou dénaturés les deux autres titres indique assez que l'auteur les a donnés à peu près, sans vérifier, et qu'il a bien pu dénaturer ceux-ci de même; peut-être a-t-il désigné les pièces par le nom d'un de leurs principaux personnages, ou par toute autre circonstance qui lui revenoit à l'esprit.
[Note 381: ][ (retour) ] Il est à croire que nos vieux auteurs dramatiques, Hardy, Racan, Mairet, etc., partageoient l'opinion de mademoiselle de la Fresnaye, car les pastorales abondent au théâtre à la fin du XVIe et au commencement du XVIIe siècle, où l'Astrée, si souvent mis à contribution pour la scène, leur avoit donné une vogue extraordinaire. Mais elles finirent par se perdre dans la tragédie ou la comédie, dont elles n'etoient pas séparées par des frontières assez nettement tranchées. En outre, le ridicule les tua. On peut voir, dans le Berger extravagant de Sorel (1627), et dans la pastorale burlesque qu'en a extraite Thomas Corneille, combien ce genre étoit venu à être décrié par ses fadeurs et son absence de toute vérité. Dès lors la pastorale mourut, pour renaître un peu plus tard, mais en dehors du théâtre, avec Segrais et madame Deshoulières; néanmoins Molière, qui a recueilli, sans en négliger aucune, toutes les traditions théâtrales, a fait quelques pastorales, qui sont loin d'être des chefs-d'oeuvre.
Les comediens demandèrent du temps pour se preparer, et on leur donna huit jours. La compagnie s'en alla après avoir dîné, quand le prieur de Saint-Louis entra. L'Etoile lui dit qu'il avoit bien fait de venir, car il avoit ôté la peine à l'Olive de l'aller querir, pour s'acquitter de sa promesse, à quoi il ne lui falloit guère de persuasion, puisqu'il venoit pour ce sujet. Les comediennes s'assirent sur un lit et les comediens dans des chaises. L'on ferma la porte, avec commandement au portier de dire qu'il n'y avoit personne, s'il fût survenu quelqu'un. L'on fit silence, et le prieur debuta comme vous allez voir au suivant chapitre, si vous prenez la peine de le lire.
CHAPITRE X.
Histoire du prieur de Saint-Louis et l'arrivée
de M. de Verville.
e commencement de cette histoire ne peut vous être qu'ennuyeux, puisqu'il est genealogique; mais cet exorde est, ce me semble, necessaire pour une plus parfaite intelligence de ce que vous y entendrez. Je ne veux point deguiser ma condition, puisque je suis dans ma patrie; peut-être qu'ailleurs j'aurois pu passer pour autre que je ne suis, bien que je ne l'aie jamais fait. J'ai toujours été fort sincère en ce point-là. Je suis donc natif de cette ville: les femmes de mes deux grands-pères etoient demoiselles, et il y avoit du de à leur surnom. Mais, comme vous sçavez que les fils aînés emportent presque tout le bien et qu'il en reste fort peu pour les autres garçons et pour les filles (suivant l'ordre du Coutumier [382] de cette province), on les loge comme l'on peut, ou en les mettant en l'ordre ecclesiastique ou religieux, ou en les mariant à des personnes de moindre condition, pourvu qu'ils soient honnêtes gens et qu'ils aient du bien, suivant le proverbe qui court en ce pays: «Plus de profit et moins d'honneur», proverbe qui depuis longtemps a passé les limites de cette province et s'est repandu par tout le royaume [383]. Aussi mes grand'mères furent mariées à de riches marchands, l'un de draps de laine et l'autre de toiles. Le père de mon père avoit quatre fils, dont mon père n'etoit pas l'aîné. Celui de ma mère avoit deux fils et deux filles, dont elle en etoit une. Elle fut mariée au second fils de ce marchand drapier, lequel avoit quitté le commerce pour s'adonner à la chicane: ce qui est cause que je n'ai pas eu tant de bien que j'eusse pu avoir. Mon père, qui avoit beaucoup gagné au commerce et qui avoit epousé en premières noces une femme fort riche qui mourut sans enfans, etoit dejà fort avancé en âge quand il epousa ma mère, qui consentit à ce mariage plutôt par obeissance que par inclination: aussi il y avoit plutôt de l'aversion de son côté que de l'amour; ce qui fut sans doute la cause qu'ils demeurèrent treize ans mariés et quasi hors d'esperance d'avoir des enfans; mais enfin ma mère devint enceinte. Quand le terme fut venu de produire son fruit, ce fut avec une peine extrême, car elle demeura quatre jours au mal de l'enfantement; à la fin elle accoucha de moi sur le soir du quatrième jour. Mon père, qui avoit eté occupé pendant ce temps-là à faire condamner un homme à être pendu (parce qu'il avoit tué un sien frère) et quatorze faux temoins au fouet [384], fut ravi de joie quand les femmes qu'il avoit laissées dans sa maison pour secourir ma mère le félicitèrent de la naissance de son fils. Il les regala du mieux qu'il put, et en enivra quelques-unes, auxquelles il fit boire du vin blanc en guise de cidre poiré: lui-même me l'a raconté plusieurs fois.
[Note 382: ][ (retour) ] Le Coutumier étoit le recueil des coutumes et usages qui régissoient une contrée; on appeloit pays coutumier celui où la coutume avoit force de loi, par opposition au pays de droit écrit, qui étoit soumis au droit romain.