[Note 305: ][ (retour) ] Un élu étoit un officier royal subalterne, qui connoissoit en première instance de l'assiette des tailles, aides, subsides, et des différends qui y étoient relatifs. (Dict. de Furetière.)
[Note 306: ][ (retour) ] On trouve au Mans, en 1620, un François de l'Epinay, sieur du Bignon, élu, membre du conseil de l'hôtel de ville. Il suffiroit d'un tout petit trait de plume à la premiere lettre pour en faire notre personnage.
CHAPITRE XVII.
Ce qui se passa entre le petit Ragotin et le grand
Baguenodière.
e Destin et l'Etoile, Leandre et Angelique, deux couples de beaux et parfaits amans, arrivèrent dans la capitale du Maine sans faire de mauvaise rencontre. Le Destin remit Angelique dans les bonnes grâces de sa mère, à qui il sçut si bien faire valoir le merite, la condition et l'amour de Leandre, que la bonne Caverne commença d'approuver la passion que ce jeune garçon et sa fille avoient l'un pour l'autre autant qu'elle s'y etoit opposée. La pauvre troupe n'avoit pas encore bien fait ses affaires dans la ville du Mans; mais un homme de condition qui aimoit fort la comedie supplea à l'humeur chiche des Manceaux [307]. Il avoit la plus grande partie de son bien dans le Maine, avoit pris une maison dans le Mans et y attiroit souvent des personnes de condition de ses amis, tant courtisans que provinciaux, et même quelques beaux esprits de Paris, entre lesquels il se trouvoit des poètes du premier ordre, et enfin il étoit une manière de Mecenas moderne. Il aimoit passionnément la comedie et tous ceux qui s'en mêloient, et c'est ce qui attiroit tous les ans dans la capitale du Maine les meilleures troupes de comediens du royaume [308]. Ce seigneur que je vous dis arriva au Mans dans le temps que nos pauvres comediens en vouloient sortir, mal satisfaits de l'auditoire manceau. Il les pria d'y demeurer encore quinze jours pour l'amour de lui, et pour les y obliger leur donna cent pistoles, et leur en promit autant quand ils s'en iroient. Il etoit bien aise de donner le divertissement de la comedie à plusieurs personnes de qualité, de l'un et de l'autre sexe, qui arrivèrent au Mans dans le même temps et qui y devoient faire sejour à sa prière. Ce seigneur, que j'appellerai le marquis d'Orsé [309], etoit grand chasseur et avoit fait venir au Mans son équipage de chasse, qui etoit des plus beaux qui fût en France. Les landes et les forêts du Maine font un des plus agreables pays de chasse qui se puisse trouver dans tout le reste de la France, soit pour le cerf, soit pour le lièvre, et en ce temps-là la ville du Mans se trouva pleine de chasseurs, que le bruit de cette grande fête y attira, la plupart avec leurs femmes, qui furent ravies de voir des dames de la cour pour en pouvoir parler le reste de leurs jours auprès de leur feu. Ce n'est pas une petite ambition aux provinciaux que de pouvoir dire quelquefois qu'ils ont vu en tel lieu et en tel temps des gens de la cour, dont ils prononcent toujours le nom tout sec, comme par exemple: Je perdis mon argent contre Roquelaure,--Crequi a tant gagné,--Coaquin [310] court le cerf en Touraine. Et si on leur laisse quelquefois entamer un discours de politique ou de guerre, ils ne deparlent pas (si j'ose ainsi dire) tant qu'ils aient epuisé la matière autant qu'ils en sont capables.
[Note 307: ][ (retour) ] Scarron fait encore allusion à cette avarice dont il accuse les Manceaux dans son Epistre à Madame d'Hautefort (1651), où il dit, en parlant des coquettes du Mans:
Elles portent panne et velours,
Mais ce n'est pas à tous les jours,
Mais seulement aux bonnes fêtes...
Parlerai-je de leur chaussure
Si haute, et qui si longtemps dure,
Car leurs souliers, quoique dorés,
Ont l'honneur d'être un peu ferrés;
Que sur elles blanche chemise
N'est point que de mois en mois mise, etc.
Les Manceaux avoient généralement, au 17e siècle, une assez mauvaise réputation. Ecoutez Regnard:
Crispin, roux et Manceau, vient d'épouser Julie;
Il est du genre humain et l'opprobre et la lie;
On trouveroit encore à quelque vieux pilier
Son dernier habit vert pendu chez le fripier, etc.
(Satire contre les maris.)
Cette avarice, du reste, s'allie bien avec le goût prononcé pour la chicane dont on les accusoit. (V. notre note, 3e part., ch. 5.)
[Note 308: ][ (retour) ] Ce goût prononcé pour la comédie étoit répandu parmi les hautes classes, surtout vers l'époque de la Fronde. Aussi les grands personnages se faisoient-ils souvent suivre, comme la cour elle-même, de leurs troupes comiques, dans leurs voyages. Loret nous apprend (Muse hist., IV, p. 94 et 95; V. p. 19 et 24) qu'il n'y avoit pas alors de grande fête, ni même de grand repas, sans une représentation théâtrale.