Plusieurs légendes font venir le diable au secours des maîtres maçons dans l'embarras. En Haute-Bretagne, l'un d'eux avait promis à un seigneur de lui construire une tour qui aurait autant de marches qu'il y a de jours dans l'année; mais ses ouvriers avaient peur de tomber et ne voulaient plus y travailler; le diable lui proposa de l'achever en une nuit, à la condition d'emporter le premier ouvrier qui monterait sur le haut après l'achèvement. Le maçon y consentit, mais en stipulant que si le maudit ne pouvait l'attraper du premier coup, il n'aurait aucun recours contre lui. La tour achevée, le maître maçon dit à l'un de ses ouvriers d'y monter, en suivant son chat, qui avait une corde au cou. Dès que le chat arriva au haut de la tour, le diable le saisit pendant que l'ouvrier descendait en toute hâte. J'ai cité dans mon livre sur les Travaux publics et les Mines un grand nombre de récits populaires dans lesquels le diable, qui est venu au secours d'architectes et de maçons qui l'ont appelé, est dupé par eux, et reçoit pour son salaire au lieu d'un homme, un chat, un coq ou bien un cochon.

[Illustration: Maçons à l'ouvrage, d'après Eisen (fin du XVIIIe siècle).]

Dans un conte sicilien recueilli par Pitrè, un maçon est chargé par un roi de lui construire un château où il puisse mettre ses trésors. Il le bâtit avec son fils, mais en ayant soin de ménager une ouverture cachée par laquelle un homme pouvait entrer. Quand le château eut été achevé, le maçon, voyant que personne ne le gardait, s'y rendit avec son fils, déplaça la pierre et remplit un sac d'or. Il y retourna plusieurs fois, et le roi, qui vit que son tas d'or diminuait, fit placer des gardes qui ne prirent personne, parce que les deux voleurs ne firent pas leur visite accoutumée. Alors on conseilla au roi de placer à l'intérieur des murailles des tonneaux remplis de poix. Quand le maçon vint avec son fils, il tomba dans l'un d'eux et ne put s'en dépêtrer. Il ordonna à son fils de lui couper la tête. Le roi, trouvant ce cadavre décapité, donna l'ordre de le promener par la ville, et de regarder si quelqu'un pleurait. La veuve du maçon se mit à verser des larmes, et son fils, qui était devenu ouvrier charpentier, se coupa les doigts, et alors la mère dit qu'elle pleurait parce que son fils était mutilé. Une chanson populaire très répandue est celle qui débute ainsi:

Mon père à fait bâtir maison
Par quatre-vingts jolis maçons.
Dont le plus jeune est mon mignon.

Souvent les couplets qui suivent n'ont plus de rapport avec le «joli maçon»; parfois, comme dans la version poitevine, un dialogue, tout à l'avantage de la profession, s'engage entre le père et la jeune fille:

—Mon pèr', pour qui cette maison?

—C'est pour vous, ma fille Jeanneton.

Ma fille promettez-moi donc
De n'épouser jamais garçon.

—J'aimerais mieux que la maison
Fût toute en cendre et en charbon
Que d'r'noncer à mon mignon.

En Gascogne, le dialogue suivant s'engage entre le père et la fille: