Les Fables et Contes de Bidpaï rapportent une assez plaisante aventure: «Un menuisier était assis sur une pièce de bois qu'il sciait, et pour manier la scie avec plus de facilité, il avait deux coins qu'il mettait dans la fente alternativement, à mesure qu'il avançait son ouvrage. Par hasard, le menuisier alla à quelque affaire. Pendant son absence, le singe monta sur la pièce de bois et s'assit de manière que sa queue pendait au travers de la fente. Quand il eut ôté le coin qui maintenait les deux côtés sciés sans mettre l'autre auparavant, les deux côtés se resserrèrent si fortement que sa queue en fut meurtrie et écrasée. Il fit de grands cris et il se lamentait; le menuisier survint et vit le singe en ce pitoyable état: «Voilà, dit-il, ce qui arrive à qui se mêle d'un métier dont il n'a pas fait l'apprentissage».

Un menuisier d'Orléans, dont les affaires n'avaient pas prospéré, résolut d'en finir avec la vie; mais après avoir préparé pour ses créanciers une mise en scène curieuse: il devait les convoquer tous à huitaine, et dans son arrière-boutique il voulait se montrer couché dans sa bière entre quatre cierges. Il fabriqua sa bière, et, avec l'argent qui lui restait, il se mit à faire quatre repas par jour, à boire du meilleur et à chanter. Il donna assignation à ses créanciers de se présenter au jour indiqué avec leurs titres et cédules, et quand on l'interrogeait il disait, d'un air à double entente, que dans huit jours les gens qui l'avaient tourmenté en seraient tout penauds et marris. Le bruit se répandit que le diable lui avait fait trouver un trésor. Ses créanciers et d'autres vinrent lui faire leurs offres de service, et comme il avait pris goût à la vie, il se mit à travailler et prospéra si bien qu'au bout de quelques années il acheta la maison où il habitait. Pour faire croire à l'existence du trésor, il ferma sa cave d'une porte murée. Peu de temps avant sa mort, il avoua au religieux qui le confessait, que le prétendu trésor n'était autre qu'un cercueil qu'il avait fait lorsqu'il avait résolu de mourir.

[Illustration: Figure de menuisier formée d'une réunion d'outils, d'après une image messine de Dembour (vers 1840).]

SOURCES

CHARPENTIERS.—Wright, Histoire de la caricature, 127.—Monteil, l'Industrie française, I, 102.—Dal, Proverbes russes, III, 130.—Revue des traditions populaires, IV, 528; VI, 168, 759; VII, 169, 315, 675; IX, 683; X, 32, 169, 675.—Excursions et reconnaissances, 1880, 455, 485.—Tabarin, OEuvres, éd. Jannet, II, 98.—Lecoeur, Esquisses du Bocage, II, 343.—Richard, Traditions de Lorraine, 60.—Sauvé, Lavarou Koz.—Grimm, Teutonic Mythology, IV, 1793, 1796.—Mélusine, III, 364.—Calendario popular, Fregenal, 1885.—Noguès, Moeurs d'autrefois en Saintonge, 166.—Lecocq, Empiriques beaucerons, 36.—Paul Lacroix, Histoire des charpentiers, 19.—Léo Desaivre, Jeux et divertissements en Poitou, 21.—G. Simon, le Compagnonnage, 83, 106, 145, 151.—A. Perdiguier, Le Livre du compagnonnage, I, 41, 47, 56, 113.—Paul Sébillot, Traditions de la Haute-Bretagne, II, 179.—Dejardin, Dictionnaire des spots.—P. Ristelhuber, Contes alsaciens, 1.—Ch. Poncy, Chansons de chaque métier, 242.—Decourdemanche, Fables turques, 237.

MENUISIERS—G. Simon, le Compagnonnage, 52, 92, 104, 122, 123, 151.—Vaschalde, Superstitions du Vivarais, 22.—Revue des traditions populaires, VIII, 368, 497; X, 30.—A. Perdiguier, le Livre du compagnonnage, I, 48, 49, 65.—Blavignac, l'Empro genevois, 365.—E. Cosquin, Contes de Lorraine, I, 26.—Grimm, Contes choisis (trad. Baudry), 157.—Contes et fables de Bidpaï et Lokman (Panthéon litt.), 414.—Ch. Thuriet, Traditions de la Haute-Saône, 600.—Magasin pittoresque, 1850, 170.

[Illustration: Menuisiers, d'après une gravure de Couché (1802).]

LES BOISIERS ET LES SABOTIERS

La forêt, pour peu qu'elle ait une certaine étendue, est le centre d'une population toute spéciale qui vit de la mise en oeuvre de ses produits. Elle habite les villages de son voisinage immédiat, ou plus habituellement encore elle campe sous son couvert, dans des demeures construites d'une façon primitive, et qui ne sont pas destinées à durer plus longtemps que l'exploitation d'une coupe.

Différents par la race, par les habitudes, parfois même par le langage des paysans qui les entourent, les boisiers n'ont point comme eux l'attachement au sol que produit la propriété ou la jouissance de la terre. La forêt est leur véritable patrie; ils se transportent sans regret d'un endroit à un autre, et changent même au besoin de forêt. Ils savent que leur métier exige des déplacements fréquents, et ils ont bientôt fait d'emporter leur mobilier sommaire, de se reconstruire un abri, et de s'habituer à leur nouveau voisinage.