—O! tu es le tisserand, embrouilleur de fils, et moi, je
suis la fille du tonnelier: nous ne sommes pas égaux.
Va-t'en!…

—Toc, tak et piatak (monnaie de cinq kopeks).—Le tonnelier n'a que frapper une ou deux fois avec son marteau pour gagner l'argent.

—Elle est belle comme une fille de tonnelier.

[Illustration: Tonneliers à l'ouvrage, d'après une gravure hollandaise (fin du XVIIe siècle).]

Il en est de même de ces deux proverbes gaéliques d'Écosse:

Greim cubair.—La griffe du tonnelier, c'est une chose assurée.

Sid a bhuille aig an stadadh m'athair arsa nighean a' chùbair.—Celui qui joue ici, mon père l'arrêtera, dit la fille du tonnelier.

À Bruges (Flandre occidentale), on donnait aux tonneliers le sobriquet de sotte kuypers (fous tonneliers), parce qu'ils tournent autour des objets qu'ils confectionnent. En raison du caractère bruyant de leur métier, on les a fait figurer parmi les gens importuns: l'en-tête du Charivari, en 1833, dont nous reproduisons une partie (p. 32), avait au centre un énorme tonneau, sur lequel des ouvriers frappent à grands coups de maillet pour faire entrer les cercles: le bruit qu'ils font en se livrant à cette opération se combine avec celui d'orgues de Barbarie, de brimbales de pompes, d'une batterie de tambours et de divers instruments grinçants. Dans le même journal (1834), Louis-Philippe et un juge essaient de renfoncer la bonde d'un tonneau; au-dessus est cette légende: «Frappez, frappez la bonde! les idées fermentent: elles feront explosion tôt ou tard.» Ce sont les deux seules caricatures sur les tonneliers que j'aie relevées; quant aux tonneaux, on les voit figurer dans un grand nombre d'images comiques, surtout dans celles qui sont en relation avec les auberges et les buveurs. Les Illustres proverbes de Lagniet en montrent à eux seuls au moins une douzaine.

Au XVIe siècle, pour être reçu maître tonnelier, il fallait faire son chef-d'oeuvre; c'était un cuvier, et le nouveau maître donnait aux confrères un grand pain et un lot de vin.

Bien qu'ayant à vivre dans un milieu qui semblerait devoir provoquer et presque justifier certains excès, la corporation des tonneliers se fait remarquer, en général, par un niveau très honorable de sobriété. D'après un article de la Mosaïque, les exemples d'intempérance ne se rencontrent guère que parmi les gerbeurs, hommes de peine recrutés un peu partout, qui servent d'auxiliaires aux tonneliers, soit pour le roulage ou l'empilement de tonneaux, soit pour le rinçage ou soutirage.