[Illustration: LA FORGE MERVEILLEUSE.
Les numéros indiquent les couplets où sont énumérés les défauts des maris forgés à neuf et rendus excellents.
1. Le brutal.—2. Le paresseux.—3. L'ivrogne.—4. Le jaloux.—5. Le joueur.—6. Libertin et volage.—7. L'avare—8. Le gourmand.]
Les femmes voulurent avoir leur revanche, et d'autres images représentèrent Lustucru massacré par les femmes, ou la grande destruction de Lustucru par les femmes fortes et vertueuses: ce sont elles qui, à leur tour, forgent la tête des hommes (Voir la gravure de la page 17). La Forge merveilleuse, image populaire, qui parut à Metz, vers 1840, chez Demboug, et qui pourrait bien avoir été dessinée par Grandville, montre une maîtresse de forge qui rend aux femmes leurs maris guéris de leurs défauts, quand ils ont passé par le feu, et ont été forgés sur l'enclume. Elle s'adresse à la foule et lui dit:
De cette forge merveilleuse,
Voyez les effets surprenants:
Intempérance, humeur fougueuse,
S'envolent en quelques instants.
D'une amitié constante,
Docile influence,
L'homme, chose étonnante,
Est un être charmant!
Cette forge, en vérité,
Merveille
Sans pareille,
Rend, par sa propriété,
L'esprit et la bonté.
Il n'est pas impossible que toute cette série ait eu pour point de départ un écho affaibli des légendes que l'on constate à des époques fort anciennes, et dans lesquelles des vieillards sont rajeunis magiquement par le feu.
La malice populaire s'exerce peu fréquemment aux dépens des ouvriers du fer: voici deux formulettes, l'une de l'Armagnac, l'autre de Basse-Bretagne; je donne seulement le texte patois de la première qui est grossière:
Haure, haure, haurilloun, Treize petz dans un cujoun (gourde). Lou cujoun se crèbo, Lou haure tout merdo.
Marichal krign-karn, Chaoker kac'h houarn.
Maréchal, grignoteur de cornes.—Mâcheur d'excréments de
fer.