Dans la Cornouaille anglaise, le chaudronnier est un personnage très populaire, et dit Loys Bruèyre, il y personnifie les mines d'étain, très abondantes en ce pays. Il figure dans plusieurs contes: Tom Hickathrift, le tueur de géants, fut longtemps sans trouver quelqu'un qui osât se mesurer avec lui: un jour, en traversant un bois, il rencontra un vigoureux chaudronnier qui avait un bâton sur l'épaule; devant lui trottait un gros chien qui portait son sac et ses outils. Tom lui ayant demandé ce qu'il faisait là, le chaudronnier lui répondit: De quoi vous mêlez-vous; ils tombèrent à bras raccourcis l'un sur l'autre, mais à la fin Tom dut s'avouer vaincu, et ils s'en revinrent ensemble les meilleurs amis du monde. Le chaudronnier courut alors les aventures avec le héros, et lui fut d'un grand secours en maintes occasions. Quand Tom eut à combattre un grand géant monté sur un dragon et qui commandait une troupe composée d'ours et de lions, le chaudronnier vint à son secours. À eux deux, l'un avec son épée à deux mains, et l'autre avec son long bâton pointu, ils eurent bientôt tué les six ours et les huit lions de la suite du dragon. Malheureusement le chaudronnier périt dans le combat et Tom en fut inconsolable.

D'après un proverbe écossais, les chaudronniers ne figuraient pas en ce pays parmi les gens courageux. Jamais, dit-il, le chaudronnier n'a été un preneur de villes.

Dans un conte finlandais, un chaudronnier qui a abandonné le héros Mattu quand il était en danger, est lancé par celui-ci dans les nuages noirs; il est là captif, et lorsqu'il s'irrite de ne pouvoir reprendre sa liberté, il frappe sur son chaudron: de là le bruit que le peuple appelle le roulement du tonnerre.

LES SERRURIERS

En argot, le serrurier est un «tape-dur»; on l'appelle aussi un «bruge», du vieux mot frapper, heurter; à Genève, c'est «un mâchuré»; à Troyes il est connu, ainsi que tous les ouvriers du fer, sous le surnom de «gueule noire».

À Marseille, pour désigner un mauvais ouvrier:

Es lou sarrailhiër de ma tanto.—C'est le serrurier de ma tante.

La sûreté des maisons et le secret des coffres-forts reposant, pour ainsi dire, entre les mains des serruriers, ils s'efforcèrent de gagner la confiance de leurs clients par une inviolable fidélité. Pour parvenir à ce but, quelques-uns gravaient sur leurs estampilles ou cachets de marque ces deux mots: Fidélité et secret. C'était pour le même motif que les statuts défendaient à tous maîtres ou compagnons d'ouvrir une serrure en l'absence de son possesseur, ou de faire des clés sur des moules de cire ou de terre, sous peine de punition ou d'amende:

Afin de bien prouver que la clé lui avait été commandée, il lui était interdit d'en faire aucune sans avoir sous les yeux la serrure. «Nus Serreuriers ne puet faire clef a serreure, se la serreure n'est devant lui en son hostel.» Au XVIIe siècle, les serruriers prévaricateurs étaient pendus, et l'on mettait sur le gibet cette inscription: «Crocheteur de porte.»

[Illustration: ALMANACH DES MAITRES SERRURIERS.]