En Poitou, à la veillée, quand le fuseau d'une jeune fille lui échappe des mains, un jeune homme tâche de le saisir et il dévide le fil à la hâte en disant: «Une, deux, trois, bige mé (embrasse-moi), tu l'auras, etc., et il continue jusqu'à ce que la fileuse se soit exécutée.

[Illustration: Fileuse, gravure de Lagniet.]

Jadis, en Écosse, aux soirées d'hiver, les jeunes femmes du voisinage apportaient leur rouet sur leurs épaules, et il n'était pas rare de voir quatre ou cinq rouets en activité, chaque fileuse s'efforçant de finir la première sa tâche; un ou deux des plus jeunes membres de la famille s'occupaient à tordre ou à dévider le fil. Pendant ce temps, les jeunes gens s'amusaient à des jeux d'adresse. Lorsque l'on avait fini, un souper frugal était servi, et les jeunes gens accompagnaient les fileuses jusque chez elles, leur portant leur rouet et leur murmurant des paroles d'amour.

Aux veillées des environs de Saint-Malo, on chante cette chanson, qui décrit les métamorphoses de la filasse:

J'lai breillé avec ma breille.
Tout de rang, de rang,
Tout de rang dondaine,
J'lai breillé avec ma breille.
Tout de rang, de rang,
Tout de rang dondon.
J'lai pesélé o (avec) mon peselé,
J'lai sanss'lé o mon selan,
J'lai chargé sur ma quenouille,
J'lai filé à mon fuseau.
En le filant, le fil cassit,
L'fil cassit, not' valet l'serrit,
Alors, moi, j'le récompensis,
J'lui fis des ch'mis' de toil' fine.

En Belgique, dans les écoles de fileuses on chantait, pour régler les mouvements du rouet, des tellingen, sortes de poésies populaires spéciales, chantées sur un air non rythmé.

Vers 1830, en Basse-Bretagne, on donnait un ruban à la personne la plus diligente, et la filerie de chanvre se terminait par des danses.

À Landeghem (Flandre), on avait établi, à un jour fixé, un concours et un prix donné à celle des fileuses qui avait les cuisses et le gras des jambes les plus échaudés; car on supposait que celle qui a le plus filé de l'hiver devait avoir les jambes les plus brûlées, comme ayant été la plus sédentaire et s'étant servie, plus que toute autre, du réchaud que les paysannes emploient pour se tenir les pieds chauds.

Des êtres surnaturels, fées, lutins ou revenants, venaient la nuit prendre le fil ou travailler au rouet. On lit dans l'Évangile des Quenouilles: «Qui le samedy ne met sur le hasple toutes les fusées de la septmaine, le lundi en trouve une mains, que les servans des faées prent le samedi nuit pour leur droit.» En Allemagne, si on n'avait pas soin d'enrouler la courroie du rouet, un petit lutin invisible le mettait en mouvement. En Écosse, au milieu de ce siècle, on enlevait le soir la corde du rouet pour empêcher les fairies d'y venir filer. Voici une ballade alsacienne, recueillie par Stoeber, qui met en scène des fileuses qui rappellent les Parques:

Et lorsque a sonné minuit—pas une âme au village ne veille.—Alors trois spectres se glissent par la fenêtre—et s'asseyent aux trois rouets.—Ils filent, leurs bras s'agitent silencieusement—les fils bourdonnent rapidement sur les fuseaux.—Les rouets gémissent dans leur course désordonnée—et les trois spectres se lèvent.—Esprits de l'heure sombre de minuit—la chouette crie dans le cimetière.—Qu'adviendra-t-il de la fine toile?—y aura-t-il encore trois chemises de fiancée? (p. 16.)