L'abbé alla reprocher au fermier sa négligence; mais celui-ci ne les garda pas mieux, et un matin l'abbé les trouva broutant sa vigne, et les frappa de sa crosse en les maudissant.

Le propriétaire alla à la recherche de ses ânes, qu'il trouva immobiles, près de l'enclos des moines, la tête retournée sur le dos; saint Suliac les délivra de cette position incommode, et les ânes s'en allèrent, mais ils firent un tel bruit que le saint pour ne plus en être incommodé, élargit la Rance et lui donna la largeur qu'elle a aujourd'hui.

On voyait naguère dans les caves du presbytère un tableau sculpté en relief, fort vieux d'après la grossièreté du travail, et représentant les ânes, la tête retournée sur le dos.

La tradition populaire ajoutait qu'une ligne tracée à l'entour du jardin et quatre petites houssines plantées aux quatre angles avaient suffi pour rendre immobiles, comme devant un mur de clôture, le ânes de Rigourden.

(Mme de Cerny, Saint-Suliac et ses Traditions (abrégé), p. 13).

Dans la Vie des saints de Bretagne, éd. Kerdanet, la légende de saint Suliac est assez développée. Ce n'est qu'à partir du § 8 que l'on trouve des ressemblances entre elle et la légende ci-dessus:

«Ayant labouré une pièce de terre, il y sema du bled, lequel crust fort beau; mais le bestail qui d'ordinaire, passoit ès prochains marets se jeta une nuit dans ce champ qui n'estoit pas fermé et en gasta une partie; le matin on vint en avertir saint Suliac; il se mit en prière, et puis prit son baston, dont il traça une ligne à l'entour du champ, et aux quatre coins d'iceluy planta quatre petites houssines pour toute haye et fossé.... la nuit suivante, les mesmes animaux, sortant des marets et pasturages se voulurent jetter sur ledit champ; mais si tost qu'ils toucherent cette ligne que le saint avoit tracée, ils devinrent tous immobiles, sans se mouvoir ni se remuer non plus que s'ils eussent esté de marbre ou de bronze; le saint abbé s'en alla devers le champ, donna sa bénediction à ces animaux, et leur deffendit désormais de venir ravager son blé: ce qu'ils observerent invariablement et se retirerent dans les marets.»

Dans la vie de saint Samson, des pourceaux ayant été paître malgré la défense dans les prairies appartenant aux religieux, sont changés en boucs hideux.

(Albert le Grand, § 21).

Saint Suliac (1er octobre), abbé, VIe siècle, est le patron de la paroisse de ce nom dans l'Ille-et-Vilaine, de Sizun, de Tressigneaux; il a une chapelle à Plomodiern. Dans l'église de Saint-Suliac il est, dit-on, enterré au bas de l'épître: au-dessus est un autel où sont exposés dans des reliquaires les ossements du saint; on y fait des neuvaines pour les fièvres. Il préserve aussi les animaux des épizooties, et est invoqué pour la guérison des plaies.