(Bizeul, De Rezay et du pays de Rais, p. 50).
Dans la Vie des saints de Bretagne, saint Martin va pour détourner de leur mauvaise vie les habitants d'Herbauge; mais il les prêche en vain, et ne trouve bon accueil que chez une bonne femme et son mari. Dieu lui ayant révélé qu'il allait punir cette ville impie, il leur commande de sortir de la ville avec lui, et de se garder bien de regarder derrière soi. «Ils n'estoient guerre loin que sainct Martin s'estant mis en oraison, il se fit un effroyable tremblement de terre, laquelle s'ouvrant, engloutit cette ville, avec ses tours, murs, chasteaux, faux-bourgs et autres appartenances qui en moins d'une heure fondirent en abyme, et en leur lieu se fit un grand lac qui s'appelle à présent le lac de Grandlieu. L'hostesse de saint Martin, oyant la fracas et le tintamarre que causoient la cheute des édifices, les cris et lamentations de ceux qui perissoient, se détourna pour regarder ce que c'estoit, sans se soucier de la deffense du saint; mais elle en fut punie sur-le-champ, ayant été convertie en une statue de pierre. (Ed. Kerdanet, p. 647).
Saint Martin de Vertou, abbé, VIe siècle (27 octobre), est le patron du Bignon, de Gorges, de Lavau, de Mouzillon, du Pertre, de Pont-Saint-Martin, de Vertou.
LXXII
Le voleur puni
À la chapelle de Notre-Dame de Bon Encontre, près Rohan, une fenêtre est murée; voici ce que racontent à ce sujet les habitants du pays.
Une nuit, certain voleur s'imaginant trouver des richesses dans la chapelle, résolut de s'y introduire; mais il avait compté sans la patronne du lieu. Lorsqu'il eut brisé le vitrail d'une des fenêtres, il fut bien surpris, une fois monté sur la muraille, de ne pouvoir plus bouger; en vain essayait-il de descendre d'un côté ou d'un autre, impossible de remuer. Le malheureux n'a jamais pu descendre depuis lors, et vous le voyez pétrifié et blotti dans la maçonnerie qui remplace la verrière défoncée par lui; il est à genoux et semble demander grâce.
Telle est la légende; voici la réalité: au XVIIIe siècle, on démolit un oratoire où se trouvait le tombeau d'un chevalier surmonté d'une statue tumulaire. La mode était alors de boucher les fenêtres avec du moellon, pour éviter l'entretien des vitraux; on employa ce pauvre chevalier à fermer en partie l'une des baies, et voilà, comme quoi il figure aujourd'hui dans la muraille qui remplit la fenêtre. Intérieurement un badigeon recouvre cette profanation; mais du dehors on distingue si bien dans la maçonnerie le personnage agenouillé, que le peuple a inventé le récit qui précède.
(Guillotin de Corson, Journal de Rennes, 13 décembre 80).