—C'est nous qui sommes vos enfants, lui dirent les deux soldats. Nous avons perdu notre père lorsque nous étions endormis dans un petit bois, après avoir traversé la mer. Quelqu'un nous avait enlevés sans nous réveiller.
La mère était si contente qu'elle alla se jeter aux pieds du capitaine, pour lui demander de laisser ses fils aller avec elle.
—Relevez-vous, dit-il, et contez-moi votre histoire.
Quand elle lui eut dit ses aventures, il reconnut que c'était sa femme, et il l'embrassa en lui disant:
—Je suis Eustache, ton mari.
Plus tard, on sut qu'ils étaient chrétiens: les païens les jetèrent tous les quatre dans une fournaise ardente, et ils moururent au milieu du feu, en chantant des cantiques.
(Recueilli en 1882, aux environs de Dinan, par Mlle Elodie Bernard).
Cette légende reproduit en, les abrégeant beaucoup et en y ajoutant quelques traits, les principaux épisodes de la vie de saint Eustache telle qu'elle est racontée dans la Légende Dorée (cf. Jacques de Voragine, t. I, p. 335, éd. Brunet). Si je lui ai donné place parmi les Légendes dorées de la Haute-Bretagne, c'est parce que à Saint-Cast, pays assez voisin de Dinan, on la raconte à peu près de cette façon et que l'on montre sur la grève de La Mare, l'endroit où le saint débarqua avec ses enfants. Il me semble probable que cette légende vient du livre cité plus haut, qui a été si populaire au moyen âge.
Les habitants de Teillay et des environs ont, dit M. Guillotin de Corson, Récits historiques, p. 56, une grande dévotion pour ce bienheureux, car suivant un dicton populaire:
Saint Eustache
De tous maux détache.