Bien heureux saint Clément
Donnez-nous du vent.

Après avoir sifflé, ils lui font une petite prière; s'il ne se hâte pas de faire souffler la brise, ils se mettent à jurer, l'insultant et l'appelant Pierrot.

Autrefois à Saint-Cast, lorsque les marins avaient fait bonne pêche, ou s'ils n'avaient pas été contrariés dans leur voyage, ils allaient porter de la raie à saint Clément. Cette coutume est tombée en désuétude.

On racontait naguère à Saint-Cast que les marins avaient acheté une ancre à saint Clément, leur patron. Un matin, le recteur, en entrant dans l'église, s'aperçut que l'ancre était tombée des mains du saint. Il cria au miracle et sermonna ses paroissiens, leur disant que le saint abandonnait les marins. Ils vinrent tous se jeter aux pieds du saint, le priant de ne pas leur retirer sa protection. Depuis ce moment ils l'ont pris pour leur patron définitif et ne cessent de l'invoquer dans les plus grands périls. Saint Clément a sa statue dans plusieurs églises de la côte: celle qu'on voit à Saint-Cast a environ un mètre de hauteur; elle est en bois, le saint est représenté en costume de pape; il a une croix dans la main droite et une ancre à la main gauche.

VII

Saint Clément et la tempête

Au temps jadis, saint Clément résolut de traverser la mer pour aller chez les infidèles prêcher la religion chrétienne. Il se fit construire un petit bateau, à bord duquel il s'embarqua.

Pendant qu'il était sur mer, il s'éleva une violente tempête. Saint Clément tint vaillamment tête à l'ouragan et continua son voyage sans s'émouvoir. Sur sa route il rencontra un navire, et les marins qui le montaient, voyant ce petit bateau avec un seul homme dedans, crurent que c'était un naufragé; ils mirent le cap dessus, et quand ils furent à portée, le capitaine proposa au marin de le prendre à son bord. Saint Clément accepta, à la condition qu'on embarquerait aussi son canot. Le petit bateau fut hissé à bord et saint Clément monta sur le navire qui, revenant des mers de Chine, se dirigeait vers les côtes de France.

Ce n'était pas la France que saint Clément désirait visiter; mais comme le capitaine et les matelots parmi lesquels il se trouvait n'étaient pas chrétiens, il résolut, avant de les quitter, de les convertir. Il se fit d'abord connaître à eux en leur racontant la mission qu'il avait reçu de Dieu. En l'entendant ainsi parler, le capitaine et les matelots pensèrent qu'ils avaient affaire à un vieux marin que la tempête qu'il avait essuyée à bord de son petit bateau avait rendu fou; et comme le vent continuait à souffler avec rage et qu'ils avaient fort à faire, ils le laissèrent et ne firent plus attention à lui.

Le lendemain l'homme de vigie aperçut la terre, et le capitaine reconnut qu'il longeait la côte de Bretagne. La mer à cet endroit était plus houleuse qu'au large, et le vent soufflait avec plus de force que jamais. Le capitaine commanda de virer de bord, et les matelots exécutèrent la manœuvre; mais le navire manqua à virer: ils essayèrent une seconde fois, puis une troisième; mais ce fut en vain. Le capitaine voyant qu'il était impossible de lutter contre la tempête, fit jeter les ancres dehors et amener et carguer partout; cela ne servit pas à grand'chose, car le navire une fois mouillé traînait ses ancres, et la mer et le vent le poussaient violemment vers la côte. Tout le monde à bord se considérait déjà comme perdu; seul saint Clément ne paraissait même pas y faire attention. Cependant il se dirigea vers son canot, qui était toujours sur le pont du navire, en tira une petite ancre de quinze a vingt livres qu'il étalingua (attacha) à un bout de corde et lança à la mer; les matelots le regardèrent avec pitié, car ils croyaient réellement avoir affaire à un fou; mais un moment après, à leur grande surprise, ils s'aperçurent que le navire ne bougeait plus; l'ancre de saint Clément avait mordu le fond, et de plus la tempête était calmée, et la mer, d'agitée qu'elle était, était devenue droite comme un papier. Surpris de ce miracle, le capitaine et les matelots tombèrent à genoux devant saint Clément et lui demandèrent pardon de s'être moqués de lui. Ils se convertirent tous à la foi chrétienne, et aussitôt débarqués, le capitaine emmena saint Clément à sa maison et le pria de rester avec lui, mais il refusa et quitta le pays.