Brume, disparais de la mer,
Ou tu seras coupée par la moitié,
Avec un couteau d'acier.

Au hameau de Pontual, en Saint-Lunaire, on montre une pierre qui servit à amarrer le bateau du saint quand il vint évangéliser ce pays; une autre pierre en forme de prie-Dieu, au-dessus du village des Landes, passe pour avoir servi au même usage. (P. Bézier. Inventaire des mégalithes de l'Ille-et-Vilaine, p, 70-71).

Partie supérieure
de la pierre tombale
de saint Lunaire

Sur le littoral on raconte encore l'épisode suivant de la vie du saint:

Au temps jadis, quand saint Lunaire vint prêcher la religion chrétienne sur les côtes de Bretagne, il apportait avec lui une pierre sacrée, pour la placer sur l'autel qu'il voulait ériger. Mais il la perdit, et comme il ne pouvait la retrouver, il était chagrin et se tourmentait beaucoup. Alors il se mit à prier Dieu, et une colombe la lui rapporta. C'est alors qu'il commença à construire une église.

Dans la vie de saint Lunaire, cet épisode figure aussi, avec quelques variantes: Pendant l'ouragan qui assaillit son navire, Lunaire dormait, et les matelots jetèrent à la mer son bagage, parmi lequel se trouvait son autel portatif. Le saint en fut vivement affligé; mais quand il prit terre, en Armorique, deux colombes plus blanches que neige arrivèrent de la mer, tenant entre leurs pattes son autel qu'elles déposèrent à ses pieds. Au dernier siècle, le trésor de la paroisse conservait encore cette pierre sacrée, et pendant tout le moyen âge, on crut qu'un faux serment fait sur cette relique entraînait dans l'année même la mort

M. A. de la Borderie a publié en 1881, sous le titre de: Saint-Lunaire, son histoire, son église, ses monuments, une monographie extrêmement intéressante, dans laquelle il fait ressortir le rôle civilisateur et défricheur du saint, rôle que la tradition populaire a oublié. C'est à cet ouvrage que nous avons emprunté ceux des détails ci-dessus qui ne figurent pas dans la tradition orale. Il est orné de gravures représentant, vu de face et de profil, le tombeau de saint Lunaire, dans l'ancienne église. Nous avons reproduit en entier la vue du profil, et seulement la partie supérieure de l'effigie vue de face, celle où la colombe rapporte l'autel; le bâton épiscopal s'enfonce dans la gueule d'un monstre.

D'après la légende locale, on a maintes fois essayé de soulever la pierre tombale du saint; elle paraissait si lourde que l'on était contraint toujours d'y renoncer.

Le culte de ce saint est très répandu en Haute-Bretagne; lorsque les marins de Saint-Cast passent devant le dangereux passage du Décollé, ils récitent un Pater et un Ave, et disent: