XXV

Pourquoi on offre des clous à saint Maudez

Quand saint Maudez voulut attacher les ardoises sur la couverture de sa chapelle, il n'avait pas de clous, et il se désolait, parce qu'il ne savait comment s'en procurer.

Un homme du pays, ayant appris que le pauvre saint Maudez n'avait pas de clous, lui en porta tout ce qui lui en fallait. Or, cet homme avait des clous (furoncles) dans une fesse, qui le faisaient beaucoup souffrir et l'empêchaient de travailler; saint Maudez pour le récompenser du service qu'il lui avait rendu, lui guérit aussitôt ses clous.

C'est depuis ce temps qu'on s'adresse à saint Maudez quand on a des clous aux membres, et qu'on lui offre des clous de fer en mémoire du miracle qu'il fit en guérissant le bonhomme.

(Conté en 1883 par François Ramet, du Gouray, âgé de 50 ans).

Une commune de l'arrondissement de Dinan porte le nom de saint Maudez. D'après Kerdanet, ce saint est, avec saint Yves, celui auquel on a élevé le plus de chapelles en Bretagne, au moins trente, dit-il; la seule de la Haute-Bretagne qu'il cite est celle de Trébry, à laquelle précisément se rattache la petite légende ci-dessus. C'était un édifice du XVIe siècle, situé près d'un dolmen dit de saint Maudez. Elle a été démolie il y a une quinzaine d'années; mais on a mis de côté toutes les pierres qui portaient des sculptures. Le pardon avait lieu le jour de la Trinité. Auprès de la chapelle est une fontaine où l'on va en pèlerinage pour les clous (furoncles); l'offrande consiste en une poignée de clous à lattes qui ne doivent avoir été ni comptés ni pesés. La statue de saint Maudez est maintenant dans l'église de Trébry, ainsi que celles de saint André, et de sainte Mamère qui se trouvaient dans l'ancienne chapelle; cette dernière était implorée pour les maux de tête.

D'autres chapelles sont dédiées à saint Maudez, à Plérin, à Plourhau, à la limite des deux langues, où a lieu un pardon, et au Mottay en Evron. À la Croix-Helléan une foire a lieu au village de Saint-Maudez. Il avait une chapelle qui est maintenant convertie en ferme à Saint-Pôtan, près de la Ville-Even; tout près est une fontaine, dite aussi de saint Maudez; l'eau en est excellente, mais elle n'est actuellement l'objet d'aucun culte. Elle doit la bonté de son eau, non à un saint, mais à une fée qui y habite sous la forme d'une anguille.

Je ne connais en Haute-Bretagne aucune représentation iconographique de saint Maudez qui soit digne d'intérêt; à Plogonnec, sa vie est représentée sur des volets sculptés. (Soc. arch. du Finistère, t. XIII, p. 338).