Sainte Anne et sa sœur essayèrent de les convertir et de les empêcher de blasphémer; mais voyant qu'elles ne pouvaient y parvenir, elles résolurent d'aller vivre dans un pays où leurs oreilles n'entendraient plus de semblables jurements.
Elles se mirent en route, et elles marchèrent longtemps: un jour l'une d'elles épuisée de fatigue déclara qu'elle ne pourrait aller plus loin; c'était Pitié. Sainte Anne, se croyant plus forte que sa sœur, continua sa route, mais elle ne tarda pas à ralentir sa marche. Elle put faire encore une lieue, puis elle vit qu'il lui était impossible de continuer.
Voilà pourquoi sainte Anne d'Auray et Notre-Dame de Pitié sont dans le Morbihan; voilà pourquoi leurs chapelles sont peu éloignées l'une de l'autre.
(Recueilli par M. J. Carlo, de Moncontour)
XXXI
Le départ de saint Pabu
Saint Pabu étant venu un jour visiter sa chapelle, qui est près de Kerganton en Saint-Guen, entendit une jeune fille qui se disputait avec sa mère, fermière du Port-Thomas, et elle finit par traiter sa mère de «bougresse», tant elle était en colère.
Saint Pabu se montra alors, et après avoir reproché à la jeune fille les mauvaises paroles qu'elle avait adressées à sa mère, il ajouta:
—Ta race sera maudite. Je voulais venir habiter dans ma chapelle, mais après ce que je viens d'entendre, je vais partir et je ne reviendrai qu'après que Port Thomas aura brûlé trois fois, que le paillu (seuil) de la porte des femmes sera usé, et que la dernière personne de ta race aura disparu.