XXXVI

Les Notre-Dame de l'Épine

Une pauvre femme, pleine de piété, gardait un jour son troupeau dans un champ de Hirel, voisin du bourg de Ruca; tout en le surveillant, elle adressait une fervente prière à la bonne Vierge, lorsqu'elle aperçut devant elle une minuscule statuette de la mère de Dieu, au milieu d'un buisson d'épines fleuries. Elle continua sa prière avec encore plus de dévotion, mais lorsque vint la nuit, elle se dit à elle-même: «Vais-je laisser là cette jolie petite Vierge? Si mal logée qu'elle soit chez moi, elle y sera mieux pourtant qu'ici, exposée sur son épine aux injures de l'air et de la saison.» Alors elle s'approcha de l'aubépine, prit avec dévotion la statuette et l'emporta dans sa chaumière.

La statue revint d'elle-même dans le buisson d'aubépine, et l'on fut forcé de construire dans ce lieu béni la chapelle d'Hirel.

(Journal de Rennes, 20 février 1802).

On a emporté plusieurs fois la statuette de Notre-Dame de Hirel; mais elle ne se plaisait pas loin de son épine, et toujours elle y est revenue d'elle-même.

Un jour des paysans apportèrent, au seigneur de Laillé une statue de la Vierge qu'ils avaient trouvée dans un buisson d'aubépine sur la Lande du Désert.

Le seigneur de Laillé voulut qu'on la déposât dans sa chapelle dédiée à saint Michel, et qui se trouvait située à la porte du château.

Le lendemain, quelle ne fut pas la surprise de tous en n'apercevant pas la statue de la Vierge dans la chapelle de Laillé. À quelques jours de là, des pâtres la virent de nouveau sur la lande et sous le même buisson. Lorsque le seigneur de Laillé eut connaissance de ce miracle, il ne douta pas que la sainte Vierge voulût une chapelle sur la Lande du Désert, et il fit édifier celle qu'on voit aujourd'hui et qui occupe la place de l'aubépine abritant la statue.