—Soyez béni, notre père, dirent les sept jeunes gens en se précipitant aux genoux du roi; mais ne changez pas en un jour d'amertume ce jour de bonheur, épargnez notre mère, et pour que notre présence n'éveille pas en son cœur le remords éternel d'un jour d'égarement, souffrez que nous nous retirions du monde pour nous donner à Dieu.

Lié par son serment, le roi, qui était très bon et très miséricordieux, voulut bien pardonner à la reine; mais il ne pouvait se décider à se séparer de ses fils, au moment où il venait de les rapprocher de lui. Cependant, touché de leurs instances, il consentit à les laisser partir, mais à la condition qu'un d'eux au moins resterait auprès de lui.

Saint Maudé, saint Congard, saint Gravé, saint Perreux, saint Gorgon et saint Dolay s'embarquèrent alors pour la petite Bretagne, où les uns se firent ermites et les autres moines, tandis que saint Jacut restait en Irlande, à la cour de son père, qui le combla d'honneurs, lui fit bâtir un beau palais et le força d'épouser une jeune et belle princesse.

Mais saint Jacut, comme ses frères, était tout à Dieu et fort peu aux choses de ce monde; aussi sa jeune femme qu'il négligeait ne tarda pas à devenir, par sa conduite, un sujet de scandale. Averti de ses déportements, saint Jacut, sous prétexte de promenade, sortit un jour avec elle, la conduisit à la forêt voisine, et là, près d'une fontaine, il lui dit: «On vous accuse, madame, de manquer à tous vos devoirs; si vous êtes innocente, prouvez-le-moi en vous trempant les mains dans cette fontaine».

La princesse, qui ne trouvait rien de grave dans cette épreuve, plongea hardiment ses mains dans l'eau, mais elle les retira aussitôt en jetant un cri de douleur, car elle était cruellement brûlée. «Cette épreuve me suffit, dit alors saint Jacut; vous êtes coupable: ne soyez donc point surprise si je vous fuis comme on fuit le péché mortel.» Et sur le champ, il quitta l'Irlande et vint s'établir, comme ses frères, dans notre Bretagne armoricaine, où il se retira, pour vivre dans la prière, au fond d'une immense forêt.

Mais dans cette forêt existait une retraite de bandits qui, apprenant que le fils d'un roi s'était établi près d'eux, imaginèrent qu'il avait avec lui beaucoup d'or et de bijoux, et résolurent de le dépouiller de ses richesses. Ils se présentèrent donc à son ermitage, et le sommèrent avec brutalité de leur livrer tout ce qu'il possédait. Saint Jacut protesta en vain qu'il n'avait en ce monde rien de ce qu'ils cherchaient; les bandits le fouillèrent, ainsi que son ermitage, et furieux d'être trompés dans leurs espérances, ils se jetèrent sur lui et le tuèrent. Mais ils ne portèrent pas loin la peine de leur crime, car du chemin du Paradis qui, comme chacun sait, est semé de ronces, de pierres et d'épines, saint Jacut fit pleuvoir sur eux les plus gros cailloux qu'il put trouver et les écrasa tous.

Fouquet, Légendes du Morbihan, p. 63-66, dit qu'il a recueilli cette légende entre Ploermel et Josselin. Sous le maître-autel d'une pauvre chapelle dédiée à saint Mandé, ou la paroisse de la Croix-Helléan existait autrefois une fontaine dans laquelle les paysans de la contrée allaient plonger leurs enfants nouveaux-nés en répétant sept fois ces mots: «À la vie, à la mort!» Toutes les voix du conseil, de la prière et du blâme ayant été impuissantes à détruire cet usage barbare, il a fallu pour y mettre fin, combler cette fontaine. D'après la légende locale, cette funeste immersion avait pour origine la légende ci-dessus, où saint Mandé et ses six frères avaient dû, à leur naissance, être jetés à l'eau par ordre de leur mère.

Il y a en Haute-Bretagne des chapelles dites des Sept Saints à Ylliniac, Erquy, etc., à Morieux une fontaine porte ce nom. Elles ne se rapportent pas aux saints indiqués dans la légende ci-dessus; il est plus probable qu'elles se trouvaient sur une des routes du Tro-Breiz ou tour de Bretagne, pèlerinage aux sept sanctuaires des fondateurs des évêchés bretons: Paul, Tugdual, Brieuc, Malo, Samson, Patern et Corentin. (Cf. Revue archéologique du Finistère, t. XXIII, articles de M. le président Trévédy).

De ces sept saints les deux plus connus sont Saint Jacut, dont nous avons rapporté une légende, p. 24, et saint Maudez, abbé, VIe siècle (18 novembre), qui est invoqué contre les enflures (v. p. 70 et 72).

Saint Perreux, moine, VIe siècle, est le patron de Châteaulin, de Saint-Perreux, de Trébédan, de Trégon; saint Gongard, saint Gravé, saint Gorgon et saint Dolay sont moins connus. À l'exception de saint Maudé, tous ces saints ont donné le nom à des paroisses peu éloignées les unes des autres et qui sont vers la lisière du Morbihan et de la Loire-Inférieure; Saint-Congard est la plus au nord; Saint-Dolay, la dernière au sud, était la seule qui ne fit pas partie de l'ancien évêché de Vannes. Ici la légende a procédé comme sur le littoral de la Manche, où elle a fait des frères de huit patrons d'églises—probablement aussi sept à l'origine—toutes situées au bord de la mer.