Saint Mauron fit encore de nombreux miracles, et quand il mourut, il y a plusieurs centaines d'années, on lui éleva, sur la paroisse de Livré, la chapelle qui a depuis été convertie en grange.

Un jour que le fermier avait battu son grain, il le mit dans l'ancienne chapelle, où se voyaient les restes d'un autel surmonté de la statue du saint.

Comme il ne fermait pas la porte à clé, un des batteurs lui demanda s'il n'avait pas peur que quelque voleur vint lui dérober son grain.

—Saint Mauron le gardera, répondit-il.

La nuit venue, le batteur entra sans être vu dans la chapelle, où il remplit de blé un sac qu'il avait apporté. Pour le charger plus aisément sur ses épaules, il le monta sur l'autel, mais quand il présenta le dos au sac, il ne put ni le remuer, ni sortir, et il resta jusqu'au matin dans cette position, où le fermier le trouva en entrant.

—Ne t'avais-je pas bien dit que saint Mauron garderait mon grain? dit le fermier; maintenant je le prie de te laisser aller.

Et l'homme put sortir de la chapelle, bien penaud de son aventure.

(Paul Sébillot, Contes populaires de la Haute-Bretagne, 1re série, n. LIV).

L'épisode des objets qui se collent sur le voleur se retrouve dans la Vie de saint Convoyon, où un voleur ne peut détacher de lui une ruche qu'il a dérobée aux religieux. Le miracle des oiseaux qui se rassemblent à la parole d'un saint, relaté dans les légendes suivantes, figure dans la Vie de saint Pol de Léon; mais ils ne sont pas enfermés dans une grange. (Albert le Grand, § 83).

Il y a en Livré un village appelé Saint-Modéran; à Chevaigné, canton de Saint-Aubin d'Aubigné, existe une fontaine sous l'invocation de saint Morand, les paysans prononcent saint Marôn, dont les eaux guérissent de la fièvre ceux qui s'y rendent à jeun et sans parler. (Sébillot, Trad., t. I, p. 67).