[571]: En se retirant, M. de Laubespin, qui demeure inquiet, rencontre le général de Chabannes. «Mon cher général, lui dit-il, je persiste à croire que le Roi et sa famille seront obligés, sous quelques heures, de quitter les Tuileries. Avez-vous des voitures?—Oui, il y a plusieurs berlines à quatre chevaux.—Il sera impossible de vous en servir; je vous adjure de faire préparer quelques voitures plus modestes.» On verra plus tard combien le dévouement de M. de Laubespin était bien inspiré, et de quelle utilité devait être cette précaution.
[572]: Extraits des notes de M. Marie, publiés par M. Aimé Chérest dans la Vie de A.-T. Marie, p. 100 à 102.
[573]: Cette salle était une de celles qui servaient de cabinet de travail au Roi.
[574]: La nuit précédente, la duchesse d'Orléans était restée auprès de la Reine; celle-ci, qui essayait de lire des prières et pouvait à peine tenir son livre, s'interrompit un moment et prononça le mot d'abdication. Était-ce un pressentiment qui lui traversait l'esprit, ou bien, rendue soupçonneuse par le chagrin, voulait-elle sonder sa belle-fille? Celle-ci se récria vivement. «Le Roi, reprit la Reine, est trop bon pour la France; la France est mobile et ingrate.» Ce n'était pas seulement en présence de la Reine que la duchesse d'Orléans protestait contre toute idée d'abdication. Dans la journée du 23 février, comme M. Scheffer, qui était de ses familiers, lui faisait entrevoir dans l'abdication un dernier moyen de salut auquel il faudrait peut-être avoir recours, elle repoussa avec force cette insinuation, et déclara que, si le Roi avait une telle pensée, elle le supplierait de n'y pas donner suite.
[575]: «On entrait comme dans une halle», dit un témoin.
[576]: Il ne paraît pas que, dans le trouble des événements qui vont suivre, ces formalités aient été remplies.
[577]: Le ministère de l'intérieur était alors au 101 de la rue de Grenelle, où se trouve actuellement l'hôtel du ministre du commerce.
[578]: On a raconté inexactement la façon dont M. Guizot était sorti de France. Voici la vérité. Au moment de s'échapper du ministère de l'intérieur, madame Duchâtel, qui avait conservé tout son sang-froid, dit à M. Guizot: «Je suis sûre que vous n'avez pas réfléchi où vous pourriez vous cacher.—Non.—Eh bien, je sais que M. Duchâtel a pris ses précautions; je vais m'occuper de vous.» Elle conduisit M. Guizot chez une concierge de la rue de Verneuil qui le fit monter dans sa chambre, au cinquième étage, et qui, arrivée en haut, lui dit: «C'est-il vous qui défendez les honnêtes gens?—Je l'espère.—Eh bien, alors, je vais vous défendre.» M. Guizot resta toute la journée dans cette chambre, où il reçut la visite du duc de Broglie. Le soir, il se rendit chez madame de Mirbel, où il demeura caché plusieurs jours. Enfin il fut conduit en Belgique par M. de Fleischmann, ministre de Wurtemberg à Paris et à Bruxelles, qui le fit passer pour son domestique.
[579]: J'ai eu sous les yeux plusieurs récits manuscrits ou imprimés des scènes qui ont précédé et accompagné l'abdication du Roi. Ils ne concordent pas toujours, soit sur l'ordre des incidents, soit sur l'attitude et les propos attribués aux divers personnages. On retrouve là l'effet du trouble que j'ai déjà eu l'occasion de signaler dans les témoignages se rapportant aux événements de ces journées. Je me suis attaché à ceux de ces témoignages qui m'ont paru présenter le plus de garanties d'exactitude.
[580]: M. Thiers, dans le récit qu'il a fait à M. Senior, a prétendu que M. Guizot était dans ce salon. C'est une erreur; l'ancien président du conseil n'était pas revenu aux Tuileries depuis le matin. (Cf. Mémoires de M. Guizot, t. VIII, p. 593.)