Mais il n'a point usé que dans ses pièces profanes de ce mode d'enchantement; nous le retrouvons dans «Sagesse», au cours même des vers compris dans le présent volume.
Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne
Tant il fait doux par ce soir monotone
Où se dorlote un paysage lent.
Et ceux-ci encore:
C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat
Qu'il faudrait que mon âme en panne naviguât
Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.
Ne dégagent-ils pas les derniers vers de ces deux tercets une sorte de langoureuse consomption et de mélancolique vertige qui agit de même qu'une incantation dont l'occulte sortilège nous échappe? Évidemment, Verlaine est de tous les poètes celui qui est allé jusqu'aux extrêmes confins de la poésie, là où elle s'évapore et où l'art de la musique commence.
Victor Hugo, Théophile Gautier, Leconte de Lisle, de Banville, pour en citer quatre, se sont avancés, eux, jusqu'aux limites de la littérature et ont atteint la frontière de la peinture. Leurs mots peignent, suggèrent, mieux peut-être que les couleurs matérielles des peintres, les teintes et les lignes. Verlaine par une autre route a rejoint les douaires de l'art musical qui, plus éloquent par la force de son expression, pour traduire les cris de la douleur et de la joie, de l'admiration et de la crainte, est aussi, à cause même de ses contours imprécis et flottants, plus apte que la poésie à exprimer les sensations confuses de l'âme, ses vagues appétences, ses fugaces aises, ses subtils tourments.