L'Église n'a, par conséquent, en fait d'artistes, que ceux qui viennent à elle, équipés de toutes pièces et qui mettent les armes dont ils ont appris à se servir dans le camp opposé, à son service. Il faut avoir vécu pour pouvoir écrire. Mais alors, le talent serait le fruit du péché? je veux m'efforcer de ne point le croire; mais si nous admettions, pour une minute, la véracité de cette hypothèse, quelle miséricorde et quelle indulgence devraient avoir les catholiques pour ces pauvres convertis auxquels Dieu a réparti de si périlleux dons!
Pour être juste, il sied de convenir qu'à l'heure actuelle, un souffle de liberté et de franchise a quand même pénétré dans les écoles congréganistes et dans les séminaires. Nombre de jeunes gens refusent de se laisser crever littérairement les yeux et ils n'en sont plus, pour étancher leur soif de poésie religieuse, à tourner le robinet des eaux tièdes de Lamartine; j'en sais qui lisent avec délices les œuvres mystiques de Verlaine.
Dans la tempête rationaliste si maladroitement déchaînée sur ces pieux asiles, ces lectures ne peuvent être que roboratives et salutaires, car elles effluent, à pleines pages, la bonne simplesse et la foi.
Des pièces admirables, telles que cette série de sonnets dans lesquels le poète raconte les entretiens de l'âme avec Dieu, raffermiraient vraiment les ferveurs ébranlées et c'est pourquoi nous croyons accomplir une bonne œuvre en éditant ce livre.
C'était, il y a bien longtemps déjà, le souhait du P. Pacheu qui, dans un volume intitulé «de Dante à Verlaine», avait pris courageusement la défense de l'artiste, alors qu'il était honni par le clan impeccable, comme on sait, des catholiques.
Demandant un recueil des poésies religieuses de Verlaine, il disait: «Cette meilleure part de lui-même, cette chapelle offusquée par des masures mal famées, il faut la dégager de ses entours, pour la sauver de l'oubli».
Ainsi fut fait.
Verlaine est maintenant mort, il a trépassé chrétiennement, avec l'aide d'un prêtre. Les croyants auxquels nous offrons cet unique eucologe de prières modernes, n'ont plus qu'à profiter de ses péchés, car s'il ne les avait pas commis, il n'aurait point écrit dans les larmes les plus beaux poèmes de repentir et les plus belles suppliques rimées qui existent.
Ils seraient ingrats s'ils ne priaient pour le pauvre poète, qui, après avoir souffert pour leur bien, en somme, leur apporte, en ces temps découragés, un si cordial réconfort.
J. K. Huysmans.