Dans mon quartier, tout à l’heure, une fusillade a été ainsi ouverte contre des passants inoffensifs.

Une femme s’étant agenouillée pour supplier les soldats de ne pas tirer sur des gens sans armes, elle a été abattue à coups de revolver.

Voilà l’horreur qui recommence, l’horreur de tous les jours. On ne sort de chez soi qu’en rasant les murs. Certaines dames de l’aristocratie se mettent des châles sur la tête, afin de ressembler à des femmes du peuple.

A tout prix il faut éviter d’avoir l’air d’un bourgeois.

Et ce camouflage produit quelquefois d’étranges méprises.

C’est ainsi qu’une peu banale histoire m’est arrivée à moi-même chez Fabergé, le grand joaillier.

Je m’y trouvais tantôt, en même temps qu’une dame âgée qui voulait vendre une ravissante miniature persane, enrichie de diamants.

Le bijou me semblant intéressant, je m’adressai à cette dame, à la sortie du magasin, pour lui proposer de l’acheter, si le prix était raisonnable.

J’étais vêtue d’un manteau marron, très simple, garni d’une fourrure de peu de valeur, avec un feutre mou bleu comme coiffure.

Évidemment je n’avais pas l’air d’une élégante susceptible d’acheter un bijou de luxe.