XXVIII.
Des dommages que les Anglois firent au royaume de France et entour Paris.
Item, en la fin du moys de juillet ensuivant, messire Robert Canole, messire Thomas de Granson, anglois, et en leur compaignie jusques au nombre de seize cens hommes d'armes ou environ et de deux mille cinq cens archiers, partirent de Calais pour le roy d'Angleterre et chevauchièrent vers Saint-Omer et de là à Arras et ardirent grant quantité des forsbours d'Arras et des blés qui estoient aux champs sur le pié ; et après alèrent devant Noyon par le Vermendoys et ardirent grant quantité de maisons. Mais il n'ardoient point ce que l'en vouloit raençonner[291], et après passèrent les rivières d'Oise et d'Aisne[292] (et alèrent devant Reims ; et après passèrent la rivière de Marne, vers Dormans, et alèrent jusques vers Troyes), et passèrent les rivières d'Aube et de Saine en alant à Saint-Florentin, et de là alèrent passer la rivière d'Yonne, vers Joigny, en ardant tousjours le païs (qui ne se vouloit raençonner. Et après passèrent par le Gastinois et descendirent par Chasteau-Landon, par Nemox[293] et par le païs) jusques à Corbueil et à Essonne. Et le dimenche, vint-deuxiesme jour de septembre[294] mil trois cens soixante-dix dessus dit, logièrent environ Mons et Ablon[295] et le païs environ. Item, le mardi ensuivant, vint-quatriesme[296] jour dudit moys, furent en bataille entre Ville-Juye et Paris. Et à Paris avoit bien douze cens hommes d'armes autres que de la ville aux gaiges du roy : et y ot celle journée des escarmouches devant Saint-Marcel et y perdirent lesdis Anglois environ six ou huit de leur gens. Et celle journée, lesdis Anglois mistrent le feu en grant foison de villes emprès Paris (comme Ville-Juye, Gentilly, Cachant, Arcueil et en l'ostel de Vincestre[297]), et fu conseillié au roy, pour le mieux, que il ne fussent pas lors combatus. Et celuy soir se alèrent lesdis Anglois logier à Anthoigny et environ, et le mercredi ensuivant se deslogièrent et se partirent pour aler vers Normendie, et après retournèrent dedens quatre jours ; et alèrent à Estampes, à Milly, et par la Beausse et Gastinois, faisans tousjours fais que ennemis doivent faire.
[291] Raençonner. Racheter.
[292] Les parenthèses indiquent les phrases passées dans les éditions précédentes.
[293] Nemox. Nemours.
[294] De septembre. Et non pas ensuivant, comme dans les éditions précédentes.
[295] Mons et Ablon. Tout près de Villeneuve-Saint-Georges.
[296] Vint-quatriesme. Et non pas vint-troisiesme, comme dans les éditions précédentes.
[297] Vincestre. Bicêtre.