La vie de saint Louis, ajoutée au volume primitif, doit avoir été transcrite vers le milieu du XIVe siècle. Tandis que le surnom de saint donné partout à Louis IX prouve déjà que cette transcription est postérieure à l'année 1298, le caractère des initiales, surtout celui de la première, me décideroit à la rejeter au règne du roi Jean, quand même certaines modifications palpables de l'ancienne orthographe françoise ne justifieroient pas cette conjecture. Ainsi l'on trouve partout le conte au lieu du nominatif du XIIIe siècle et de la première moitié du XIVe li quens. Quoi qu'il en soit, cette vie de saint Louis n'en a pas moins été le modèle exactement suivi par Henry du Trevoux, copiste du manuscrit de Charles V ; et ce volume lui a seul permis, dans le chapitre des amours de Thibaud, d'écrire correctement le nom de Gace Brulé.

Je ne fais donc pas difficulté de le regarder comme le plus ancien manuscrit des Chroniques françoises proprement dites de Saint-Denis. Et qu'il ait été mis entre les mains de Henry du Trevoux, c'est ce qu'il me sera facile de démontrer par les observations suivantes :

1o La reproduction du manuscrit de sainte Geneviève est exacte dans le no 8395, partout où quelque mot tracé légèrement à la marge du volume modèle n'a pas averti Henry du Trévoux de changer quelque chose à la première transcription. Ainsi au folio 158 ro, Primas avoit réuni les deux chapitres 7 et 8 du IVe livre de Charlemagne ; mais le reviseur de son travail a écrit à la marge, au point où devoit finir le 7e chapitre : Cam. VIII. Et Henry du Trévoux de se soumettre à cette indication et de remettre en place la rubrique du VIIIe chapitre. (Voy. fo 125 vo.) Une autre omission analogue est indiquée dans le texte de Primas, au fo 187 vo, et réparée par Henry du Trévoux au fo 148 ro.

Bien plus : au fo 202 ro de Primas, l'index offre treize chapitres ; mais cette distribution est embarrassée, parce que, entre le septième, où s'arrête la vie de Louis-le-Baube, et le huitième, l'incidence de l'histoire des Normands devient l'occasion de quatre rubriques distinctes de ces treize chapitres. En cet endroit le préparateur a donc écrit : « Henry ne faites ci pas de capitres usque ad signum — car ces capitres ne servent ci de rien. » Henry du Trévoux n'a donc en conséquence énoncé avant la vie de Louis-le-Baube que sept chapitres (fo 160 ro).

Au fo 209 ro de Primas, on lit à la marge d'une miniature : « Henry ne laissies ci point dhystoire. » En effet dans le passage correspondant du manuscrit 8395, fo 165 ro, on ne trouve qu'une petite initiale à la place de la miniature ou histoire du modèle.

Tous ceux qui ont feuilleté des manuscrits anciens à miniatures ont pu souvent remarquer, à l'extrémité des marges extérieures, des piqûres d'épingle ou d'aiguille en nombre égal à celui des lignes de l'écriture. Le volume de Primas va nous apprendre l'usage de ces piqûres. A la marge du fol. 211 vo, je lis : « Faut .I. ystoire de .VI. poins. » Et dans le travail de Henry du Trévoux l'endroit correspondant est rempli par une grande initiale carrée de la longueur de six points ou lignes. — Au fol. 219 ro de Primas, on recommande deux vignettes de huit poins ; et dans la copie de Henry, deux vignettes carrées occupent l'espace de huit lignes dans l'endroit indiqué. — Au fol. 156 vo de Primas, je trouve écrit à la marge : Hystr. double XXVI lignes. Au fol. correspondant du numéro 8395, on a mis une histoire ou miniature double tenant la place de vingt-six des lignes de la copie.

Je dois encore remarquer que ce volume présenté à Philippe-le-Hardi étoit encore la propriété de Charles V, comme l'atteste la signature de ce grand roi, tracée à la fin du volume. Ainsi pour exécuter la leçon du no 8395, Henry du Trévoux n'aura pas eu besoin de quitter la librairie royale du Louvre.

FIN.