LXXXIV.
Coment, après les dessusdis sermens, les gens au roy de Navarre coururent sus aux gens du régent.
Le mardi ensuivant dixiesme jour du moys de juillet, le roy de Navarre ala à Paris ; et cuidoit ledit régent que ledit roy deust aler devers luy, celuy jour, porter la response de ceux de Paris : mais il n'y ala point, ainçois demoura tout ce jour. Et l'endemain, le onziesme jour dudit moys, il mist en ladite ville de Paris les Anglois que il avoit avecques luy. Et disoit-l'en en l'ost dudit régent que ceux de Paris avoient dit audit roy que il avoit fait sa paix sans eux et que il ne leur en challoit, car il se passeroient bien de li[128]. Et pour ce fist nouvelles alliances, si comme l'en disoit, avec eux ; et bien y parut de fait, car il ne retourna point devers ledit régent ; mais[129], luy estant dedens ladite ville de Paris, pluseurs en issirent armés, par espécial de ceux que il y avoit menés.
[128] Cette dernière circonstance précieuse est éclaircie par le continuateur de Nangis, qui place le fait après la destruction prétendue du pont de bateaux dont il sera question tout à l'heure : « Alterâ autem vice contigit quod nobiles cum duce in armis partes illas ubi pons fuerat, ut dicitur, propè pontem de Charenton accesserunt, ut regem Navarræ cum Parisiensibus expugnarent, contrà quos rex Navarræ, capitaneus parisiensis, cum suis armatus aggressus est, et veniens ad ipsos locutus est multis sermonibus eis sine pugnâ, et deindè reversus est Parisius. Quod videntes Parisienses, suspicati sunt contrà ipsum, quod, quia nobilis erat, cum aliis conspirasset aliqua Parisiensibus secreta forsitan vel nocua. Propter quod dictum regem cum suis spreverunt, et ipsum ab illo officio removerunt. »
(Spicileg., t. III, p. 118.)
[129] Mais, etc. Cette dernière phrase est inédite, et ne se trouve complète que dans le manuscrit de Charles V.
Et assaillirent ledit mercredi, onziesme jour dudit moys, aucuns de l'ost dudit régent qui se deslogoient de la Granche-aux-Merciers pour eux approchier dudit régent. Et pour ce, crya-l'en en l'ost alarme, et s'arma l'ost, et courut-l'en jusques à la bastide des fossés, et là ot grant escarmuche, et y demoura-l'en jusques près de la nuit : et y perdirent ceux de Paris plus que les autres.
LXXXV.
Coment le roy de Navarre mist sus au régent qu'il avoit enfraint le traictié, et du pont de bateaux qui fu fait sur Saine.
Le jeudi douziesme jour du moys de juillet, le roy de Navarre s'en retourna à Saint-Denis, et laissa les Anglois à Paris. Et ledit régent envoia par devers ledit roy pour savoir quelle volenté il avoit, et luy fist requérir que il venist avec luy, car il luy avoit promis que il luy ayderoit contre tous. Lequel roy respondi que ledit régent et sa gent avoient enfraint le traictié et les convenances que il avoient, car il avoient assaillis ceux de Paris le jour précédent, si comme disoit ledit roy, tant comme il traictoit avecques eux ; jasoit ce, en vérité, que ceux de Paris eussent commencié l'escarmuche. Mais ledit roy disoit ces choses pour ce qu'il ne povoit avoir fait à Paris ce qu'il avoit promis au traictié dudit régent et de luy ; car il avoit promis de tant faire que ceux de Paris paieroient six cens mil escus de Phelippe pour le premier paiement de la raençon du roy, mais que ledit régent leur reméist toute paine criminelle. Et ceux de Paris respondirent quant il en parla, que il n'en paieroient jà denier. Et pour ce, mettoit sus ledit roy audit régent que il avoit enfraint ledit traictié, jasoit ce que ceux qui là estoient savoient bien le contraire. Si cuida-l'en bien que tous traictiés fussent rompus, dont moult de gens avoient grant joie.