[137] A divers seings. Le continuateur de Nangis, si favorable aux Parisiens, dit la même chose : « Ipse rex Navarræ cum suis omnibus urbem Parisiensem citius subintraret et homines sibi contrarios tales et tales quorum ostia signata reperiret, trucidaret. » (Spicileg., t. III, fo 120.)
XCIII.
Coment les Anglois tindrent partie de la ville de Meleun.
Celui samedi, pluseurs Anglois et Navarrois alèrent à Meleun : et les reçut la royne Blanche qui estoit au chastel dedens ledit chastel. Si occupèrent l'isle de Meleun et toute la partie qui est devers Biere[138]. Et l'autre partie qui est devers la Brie se tint contre eulx, tant que le régent y envoia des gens d'armes et des brigans ; et ainsi fu celle partie françoise : et le chastel et tout le demourant furent Anglois et Navarrois qui estoient tout un ; et firent moult de maulx et de dommages au pays par devers le Gastinois ; et ardirent toutes les maisons de l'abbaye du Lis, environ la Nostre-Dame de mi-aoust.
[138] Biere. Le petit pays de Biere comprenoit la rive droite de la Seine, dans le territoire de Melun ; c'est-à-dire Fontainebleau et les environs. La Brie est de l'autre côté de la Seine.
XCIV.
Coment aucuns de Picardie furent desconfis des Anglois et Navarrois qui tenoient le chastel de Mauconseil[139].
[139] Mauconseil. Ce nom ne se retrouve plus sur les cartes. Le continuateur de Nangis nous apprend qu'il étoit situé près de Noyon. — La chronique inédite (no 530, Sup. fr.) nomme le capitaine des François et Flamands Pierre de Flavy, chevalier ; et celui des Navarrois Le Bascon de Mareil. — Froissart dit, à propos de la prise de Mauconseil, que « ces trois forteresses (Creil, La Harelle et Mauconseil) firent tant de destourbiers au royaume de France, que depuis en avant cent ans ne furent réparés né restaurés. » Il eût fallu imprimer qui au lieu de que, avec les manuscrits. Mais comment Froissart, mort vers 1400, peut-il parler de ce qui se voyoit un siècle après l'année 1358? Je soupçonne la une faute des nouvelles éditions.
Le jeudi vingt-troisiesme jour du moys d'aoust, pluseurs des communes de Tournay et de autres villes de Picardie qui estoient à siège devant un chastel de l'evesque de Noyon avec pluseurs nobles du pays, pource que les Anglois et Navarrois l'avoient pris et se tenoient dedens, furent desconfis par pluseurs de la partie des Anglois et Navarrois, desquels estoit capitaine monseigneur Jehan de Piquegny et monseigneur Robert son frère, lesquels se estoient rendus ennemis du roy de France, de son fils et de son royaume, avec ledit roy de Navarre. Et s'enfouirent lesdites communes ; et les gentilshommes furent pris, jusques au nombre de cent vingt ou environ. Et y fu pris ledit evesque de Noyon et fu mené à Creil, dont ledit monseigneur Robert s'appeloit capitain[140], depuis que ladite ville avoit esté prise des Anglois.
[140] S'appeloit capitain. Plus loin, nos chroniques nomment, comme Froissart, le capitaine de Creil messire Jehan de Foudrigai. (Voyez chapitre [CXVI].)