CXXXVIII.

Coment le roy de France Jehan retourna de France en Angleterre de sa franche volenté, et coment il y fu receu honorablement des Anglois, et coment une maladie le prist dont il mourut.

ANNÉE 1363

L'an de grace mil trois cent soixante-trois, le mardi au soir troisiesme jour de janvier, le roy de France entra en mer à Bouloigne pour aler en Angleterre traictier avec le roy d'Angleterre de la délivrance de son frère Phelippe, duc d'Orléans, de son fils Jehan, duc de Berry, et de pluseurs autres ducs, contes et bannerets qui là estoient hostaiges pour ledit roy de France, et qui y estoient demourés depuis la délivrance dudit roy Jehan de France[226]. Et arriva ledit roy de France à Douvre l'endemain jour de jeudi et y demoura trois ou quatre jours ; et depuis se parti et ala à Londres et entra en la ville le dimenche, quatorziesme jour dudit moys de janvier, et alèrent à l'encontre de luy grant nombre de notables personnes de ladite ville de Londres, jusques au nombre de mille chevaux ou de plus, vestus de robes pareilles par mestiers ; et alèrent jusques à un hostel dudit roy d'Angleterre appellé Helthan, à deux lieues près de ladite ville de Londres, auquel hostel ledit roy de France avoit disné celuy jour avecques le roy d'Angleterre et la royne ; et envoièrent lesdites personnes de Londres ledit roy de France jusques à ladite ville, et par icelle jusques à un hostel appelé Savoie, auquel il fu logié. Et assez tost après ordenèrent lesdis roys de France et d'Angleterre certaines personnes de leur conseils pour traictier sur les choses pour lesquelles ledit roy de France estoit alé en Angleterre. Et à l'entrée du moys de mars ensuivant prist une maladie audit roy de France pour occasion de laquelle les traictiés qui furent apointiés entre lesdis conseils et lesquels estoient nécessaires estre accordés par lesdis roys, en présence l'un de l'autre, furent assoupés[227]. Et fu malade ledit roy de France de ladite maladie jusques au lundi au soir environ mienuit, huitiesme jour du moys d'avril, l'an mil trois cent soixante-quatre après Pasques : car Pasques furent celuy an le vint-quatriesme jour de mars, en laquelle nuit il trespassa de ce siècle. Et luy succéda au royaume de France Charles, son ainsné fils, lors duc de Normendie, daulphin de Viennois[228].

[226] Tel fut le véritable motif du voyage de Jean en Angleterre. Je ne vois pas même sur quels fondemens nos historiens modernes établissent que le roi se proposoit de retourner en captivité. Qu'y a-t-il de surprenant dans cette course d'un prince inquiet et inconstant? Il revenoit d'Avignon, il voulut aller à Londres : les motifs de voyage ne lui manquèrent pas, comme ils ne lui auroient pas manqué s'il eût voulu visiter l'empereur ou le roi d'Espagne. Le mot du continuateur de Nangis causa joci, ne peut signifier que : pour se divertir, pour son plaisir, et ne peut entraîner l'idée d'un amour ridicule et peu probable à l'âge du roi de France.

[227] Assoupés. Négligés, oubliés, assoupis.

[228] Ici devroit s'arrêter la chronique du roi Jehan, mais tous les manuscrits y joignent les trois chapitres suivans qui touchent au règne de son successeur, mais qui se rapportent à des évènemens antérieurs au sacre.

CXXXIX.

En quel temps messire Bertran du Guesclin prist la ville de Mante et celle de Meullent et pluseurs de Paris.

ANNÉE 1364