Ici, du moins, on ose le croire, de tels reproches ne se peuvent encourir. L'impudicité romaine diffère grandement des pattes d'araignée de Mme Rachilde: c'est l'impudicité romaine que l'on trouvera dans le présent écrit.
Voici, libre de tous voiles et purifiée du badigeon académique, la ménippée ardente, la rhopographie ingénieuse de Titus Petronius Arbiter. Priapus et Cotytto s'y délectent de leur vigueur nue. Un remugle de parfumerie et de cuisine, de sueur humaine et de benjoin, une odeur âcre de fards et de sexes en rut flottent sur ces pages lubriques ou charmantes. On a fait en sorte de conserver, comme disait Chamfort, le scandale du texte dans toute sa pureté. Mais on n'a pas cru devoir la même déférence aux interpolations de Nodot. On a traduit fort mollement quelques-uns de ses passages, entre autres l'absurde chapitre cxxxviii, la ridicule histoire des amours de Chrysis avec Encolpis-Polyænos, que rien ne fait prévoir et que rien ne justifie. Nodot est d'ailleurs si mauvais écrivain qu'il traduit incorrectement jusqu'à son propre texte.
Certains noms de mets, d'ustensiles ou de vêtements, ne se peuvent transcrire que par des synonymes tout à fait ridicules. Rien de plus grotesque par exemple, que de remplacer endromis par «robe de chambre» ou scribilita par «tarte au fromage», d'imposer à la monnaie antique les appellations du numéraire d'à présent. Le corymbion n'est pas une perruque au sens de Lenthéric. Usité d'ailleurs en botanique (plantes corymbiflores, etc.) rien ne s'oppose à l'acquisition du terme par la langue usuelle.
On emprunta au Dictionnaire des antiquités romaines et grecques d'Anthony Rich, trad. Chéruel (Didot, 1883), l'explication de ces vocables. Un second volume de paralipomènes, outre des commentaires et des lignes sur Pétrone insérées dans la Petite République au mois d'août 1900, contiendra la Vie d'Héliogabalus, par Ælius Lampridius, mémorialiste de l'école niaise.
Il peut sembler en effet intéressant d'opposer au Satyricon et de dater le geste d'un fol qui, investi d'absolu, à cent quarante ans d'intervalle, réalisa sur le trône des Césars, une mascarade sexuelle imagée par des artistes luxurieux. C'est une manière de snobisme qui n'est pas à la portée du ménage Dieulafoy.
L. T.
Prison de la Santé, le 25 avril 1902.