J’errais et m’emplissais de solitude et de calme, troublé souvent par l’image de Dina, qui repassait devant moi, qui descendait sur mon front et me replongeait dans de tumultueuses tempêtes, dans d’ascétiques ravissemens, dans une fièvre délirante de volupté.
A l’instant où je rentrai chez moi, l’horloge tinta une heure, une heure du matin: dans mon insomnie, pourpensant à toutes ces choses, je me rappelai que le nom de Dina, qui ne me semblait point inconnu, était dans la sainte Bible; je rallumai ma lampe, j’ouvris ma sainte Bible, toujours placé sur ma table, auprès de mon lit, et feuilletant la Genèse, je trouvai au chapitre XXXIV, Dina enlevée par Sichem. 1. Or, Dina, la fille que Léa avait enfantée à Jacob, sortit pour voir les filles du pays. 2. Et Sichem, fils d’Hémor, Hétien prince du pays, la vit et l’enleva, et coucha avec elle et la força, etc., etc., etc. Cette découverte me remplit de joie; et j’en conjecturai que, portant un nom hébraïque, cette fille devait être hébraïque. Ses traits orientaux corroboraient cette opinion, et, par-là, j’expliquais le sens énigmatique des paroles que m’avait dites son vieux père. Reconforté par cette découverte, enhardi par ce léger succès, je repris espoir de découvrir sa retraite et je jurai gravement de tout oser pour arriver à bonne fin.
Dès le matin-jour, je parcourus la ville; présumant qu’ils devaient être des étrangers en passage, je commençai par visiter les hôtelleries; j’allai de la Croix-d’Or au Saint-Esprit, de l’Écu de France aux Trois-Maures, du Lion d’Argent à Saint-Vidal, m’enquérant partout aux hôtes s’il ne se trouvait point en leurs logis, un vieillard à barbe blanche, accompagné de sa jeune fille nommée Dina. Partout, je ne reçus que des réponses négatives. J’allai trouver le rabbin sans plus de succès.
Alors, sans me décourager, je rôdais par la ville, j’allais aux promenoirs, aux remparts, sur les places, aux églises, à la synagogue, je ne manquais aucune sérénade et je visitais les environs; vainement, je n’obtins pas le plus léger indice. Après quinze jours de recherches assidues et pénibles, je renonçai: l’activité m’avait soutenu, je tombai, soudain, dans l’ennui et l’abattement; je ne sortais plus, je restais alité une partie du jour, ma sainte Bible ouverte près de moi, et, de temps en temps, je relisais et je baisais la page où brillait le nom de Dina.
Avignon m’était devenu insipide, je le haïssais, je haïssais tout; tout me semblait puant ou fade, et le néant venait toujours s’interposer entre le monde et moi; je caressais l’idée de mon anéantissement, idée que j’avais toujours portée en croupe. Ma bonne hôtesse me conseilla d’aller passer quelques semaines chez mon père, afin de me distraire et de sortir de ce malaise, que cette brave femme attribuait au renouveau de la saison.
Je retournai donc à Montélimart, l’ennui m’y suivit: depuis long-temps j’avais le désir de visiter la belle cité de Lyon, je partis inopinément.