—O Dina, Dina, que je suis heureux! Oh! combien je vous aime! oh! que votre esprit me plaît! Je vous adore, croyez-moi, vous êtes ma Rachel, vous êtes mon bon ange visible! Dina, jusqu’à l’heure où vous m’apparûtes, j’étais passé fier et dédaigneux parmi les femmes, et j’embrasse vos pieds!

—Oh! si tout ce que j’éprouve pour vous ... Mais dites-moi donc votre joli nom, que je vous nomme aussi.

—Aymar de Rochegude.

—Oh! si tout ce que j’éprouve pour vous, mon Aymar, si tout ce que je ressens est de l’amour, croyez que j’en ai bien, de l’amour!

Dans ces épanchemens mutuels, nous arrivâmes au seuil de la maison de Dina; alors, je lui demandai un rendez-vous prochain.

—Eh! pourquoi? me dit-elle.

—Pour nous voir et nous parler d’amour!

—Aymar, il n’est besoin de rendez-vous: Vous êtes un cavalier distingué, vous m’aimez, je crois bien que je vous aime; venez chez mon père quand vous voudrez, si vous désirez même, montons de suite. Je dirai à mon père, voici venir le jeune cavalier qui vous parla, un soir de sérénade, sur le rempart d’Avignon; le reconnaissez-vous? Je viens de le rencontrer, étranger en cette ville; il m’aime beaucoup, je l’aime aussi..... Et mon père vous saluera et vous aimera pour l’amour de moi.

Je montai; ce bon vieillard, Judas, me reçut avec aménité et me présenta à sa compagne Léa; et, depuis ce temps, il y a bien dix mois, j’ai, pour ainsi dire, passé tous mes loisirs en sa maison. Mon amour pour Dina n’a fait que s’accroître par une intimité chaste et délicieuse, comblant de soins et de tous égards possibles le vieux Judas qui me chérit, et sa Léa qui me fait oublier ma mère que je perdis enfant.