A ce dernier coup, cette noble fille se jeta à mes genoux, pleurant, baisant mes mains, et criant:

—Oh! pardonne-moi! écoute-moi, je t’en prie! Mon bon, je te dirai tout; ne t’emporte point!

—Je ne m’emporte point, madame, j’ai tout mon calme et mon sang-froid; pourquoi pleurez-vous donc?... Votre petit frère fume, votre père oublie sa canne et ses bottes, tout cela n’est que très naturel; pourquoi voulez-vous que je m’emporte, moi? Non, croyez-moi, je suis calme, très calme.

—Albert, que vous êtes cruel! De grâce, ne me repoussez pas sans m’entendre, si vous saviez?—J’étais pure quand j’étais sans besoin.—Si vous saviez jusqu’où peut vous pousser la faim et la misère?...

—Et la paresse, madame.

—Albert, que vous êtes cruel!

A ce moment, dans un cabinet voisin, partit un éternûment formidable.

—Ma belle louve, est-ce votre père qui oublia hier cet éternûment, dites-moi?—De grâce, ayez pitié, il fait froid, il s’enrhume, ouvrez-lui donc!

—Albert, Albert, je t’en supplie, ne fais pas de bruit dans la maison; on me renverrait; je passerais pour une Ceci! Je t’en prie, ne me fais pas de scène!

Calmez-vous, señora:—Ne craignez pas de scène: quand je fais du drame, je choisis mes héros.—Mais ce cher collaborateur doit avoir froid, c’est impoli, laissez-moi lui ouvrir?—Monsieur l’aventurier, rentrez, je vous prie, que je ne vous gêne en rien! A rester ainsi tout nu, dans une pièce froide, par un temps d’épizootie, morbleu! monsieur, il y a de quoi gagner le troussegalant.