—Monsieur, c’est en vain qu’au Parnasse un téméraire ...

—Comment, mademoiselle, nous savons notre anti-phlogistique Boileau!... Mais, laisse donc, que crains-tu? puérilité! Ma bonne amie, tu n’ignores pas combien j’aime ta maîtresse? sache donc que lorsque j’aime une femme, qu’elle a reçu mon amour, que j’ai reçu sa foi, et qu’ainsi que Philogène elle m’est fidèle.

—Ou qu’elle prend sa leçon au manége.

—Je lui garde la stricte fidélité qu’elle me garde.

—Ah! ah! ceci n’est pas rassurant. O mon honneur! ô ma vertu! au secours! laissez-moi!—Monsieur Passereau, je descends un instant; si quelqu’un venait à sonner, veuillez ouvrir et faire attendre.

—J’ouvrirai; serait-ce le tonnerre en personne.

Sitôt seul, la physionomie de l’écolier changea subitement d’expression; elle redevint grave et sombre suivant sa coutume, mais plus grave et plus sombre encore; sans doute, les malignités que Mariette, tout en folâtrant, avait lancées sur sa maîtresse, l’avaient blessé au vif, et, malgré lui, éveillé le soupçon en son esprit confiant.—Jamais tombe n’avait contenu un corps plus morne que ce boudoir.—Soudain, s’arrachant à cette immobile concentration, à cette vie interne, paraissant chasser de la main quelque chose invisible qui l’obsédait, il se leva, le fantôme! et sa figure s’illumina subitement, comme une lanterne sourde qu’on ouvre tout à coup dans la nuit. Alors, il se précipita dans le salon, courut à une miniature de femme, appendue au miroir, et la couvrit de baisers. Après avoir long-temps arpenté le parquet à grands pas, enfin il s’arrêta au piano, se prit à préluder avec frénésie et à chanter, à demi voix, l’Estudiantina:

Estudiante soy señora,
Estudiante y no me pesa,
Por que de la Estudiantina
Sale toda la nobleza.
Ay si, ay no.
Morena te quiero yo,
Ay no, ay si
Morena muero por ti!

⸮Rosita del mes de mayo
Quien te ha quitado el color?
Un estudiante pulido,
Con un besito de amor.
Ay si, ay no
Morena te quiero yo,
Ay no, ay si
Morena muero por ti!