—Ne parle pas ainsi, Apolline, tu me blesses! Il faut que tu m’estimes bien lâche et bien bas. Moi, t’abuser? oh! non, jamais! cela te rehausse encore en mon cœur.

—Tu m’aimes encore?

—A toujours!

—Mais ta voix vient de changer subitement, ciel! est-ce bien toi, Bertholin? Folle que je suis ... fatal pressentiment!... oh! si j’étais trompée!... C’est bien toi, Bertholin, réponds-moi? je t’en prie, parle-moi, est-ce toi, Bertholin? est-ce toi?...

Laisse-moi toucher ta figure, Bertholin n’a pas de barbe; oh! si j’étais trompée!...

—La belle, dit alors l’énigme à pleine voix, la morale de ceci est qu’il ne faut pas recevoir ses amants sans flambeau.

A cet accent inconnu, Apolline tomba de sa hauteur sur le plancher.

Quand, revenue de son anéantissement, elle eut recueilli ses esprits et ses forces, elle se traîna sans bruit jusqu’à la croisée, un rayon de la lune glissant dans la chambre éclairait la tête de l’homme qui dormait profondément dans un fauteuil. Apolline, tremblante, le considéra: il était vêtu de noir, portait baissée une tête blême, où pleuvaient des cheveux roux; ses yeux étaient caverneux, son nez long et en fer de lance, ses joues étaient accoutrées de favoris rouges, taillés carrément comme des sous-pieds.

—Quel est cet homme? se disait cette malheureuse enfant. Oh! l’infâme Bertholin, c’est lui qui m’a fait cette abomination!... à qui croire? ah! c’est affreux que de tromper ainsi!...

Sur la poitrine de l’inconnu elle sentit un portefeuille; tout au monde elle aurait donné pour pouvoir le soustraire, espérant par-là découvrir son suborneur; mais c’était impossible, son habit était croisé et boutonné jusqu’en haut.