III
QUOD LEGI NON POTEST
A travers les panneaux effondrés de la porte du salon, Maria avait aperçu l’homme en cape brune, atteint d’un coup de feu; à son cri déchirant, elle s’était évanouie; on l’avait transportée dans sa chambre sur un canapé, où elle était depuis long-temps étendue négligemment; Vésalius, à genoux auprès d’elle, larmoyant et tremblant, lui baisotait les mains et le front.
—Comment te trouves-tu, Maria, mon amour?
—Mieux: mais tout est-il apaisé?
—Oui! cette laide populace a été mise à la raison. Conçoit-on ce que ces bonnes gens ont contre moi? moi, paisible et retiré, passant obscurément mes jours dans la sombre étude de l’anatomie, pour le bien de l’humanité, pour le progrès de la science, pour la gloire de Dieu! Ces bonnes gens demandent ma tête, ils me croient sorcier; tous ceux qui disparaissent de la ville, c’est moi, Vésalius, qui les fais enlever pour mes expériences. La masse sera donc toujours laide et bête! bête et ingrate! Voilà donc le sort qui sera réservé à tous ceux qui se dévoueront pour elle! à tous ceux qui viendront lui annoncer une route, une parole neuves. Elle a crucifié Jésus de Nazareth, et ri à la face de Christophus Colombus. La masse sera donc toujours laide et bête! bête et ingrate!
—Chassez ces pensers noirs, Vésalius; mais, franchement, cette échauffourée n’est pas faite pour conquérir son amour.
—Oh! que m’importe, après tout, l’amour de cette populace, pourvu que j’aie le tien, Maria! Oh! tu m’aimes, est-ce pas? tu m’aimes un peu?
—Pouvez-vous bien encore me faire pareille question?