—Il fut aussitôt annoncé et introduit auprès d’elle. Entourée d’écritoires, de rouleaux de papiers et de paperasses, elle étoit seule, en riche toilette; atournée avec ce soin recherché qui ne peut être celui de touts les jours; ce soin de parure qui trahit le premier sentiment de la jeune fille, comme le dernier sentiment de la femme.

—Monsieur Patrick, lui dit-elle avec l’air le plus affectueux, voici les lettres de grâce que votre voix et vos paroles touchantes m’ont arrachées pour M. Fitz-Harris, votre ami; si vous avez le désir de me plaire, comme j’ai celui de vous être agréable, il doit perdre à jamais ce titre qui vainement l’honore, et qui à mes yeux vous compromet gravement. Cessez, croyez-moi, toute relation avec cet insensé.

C’est la première fois que je signe le pardon d’une semblable injure: il est vrai de dire, puisque c’est pour vous que je le fais, que si c’eût été vous qui m’eussiez demandé les autres, celui-ci sans doute ne seroit point le premier.

Mon cœur, qui souffriroit de vous faire un refus, vous avoit accordé la liberté de ce petit monsieur Fitz-Harris, sans condition aucune; mais la sûreté de l’État et la mienne exigent que sous huit jours il ait quitté la France.

—Vous aviez fait une digne et large action, madame; pourquoi fallut-il qu’un remords vînt la restreindre? Mais vous avez agi selon votre sagesse, devant laquelle mon esprit se prosterne, comme je me prosterne à vos pieds.

Tandis qu’ainsi à genoux, Patrick exhaloit comme il pouvoit sa gratitude, et couvroit de baisers la robe de madame Putiphar, une voix d’homme cria d’une chambre voisine:—Pompon! le conseil est levé, je crois! ne vas-tu pas venir! tout mon déjeûner est prêt.

Puis, une porte s’entr’ouvrit.

La même voix dit alors avec un accent satirique:—Ah! pardon, madame; je ne vous savois pas occupée.

—Non, non, entrez sans gêne; il n’y a point d’étranger ici, répliqua la Putiphar, monsieur est mon ami, comme vous voyez, et tout à fait digne d’être le vôtre.

Ensuite, elle ajouta tout bas à Patrick: J’aurois encore beaucoup de choses à vous dire, mais venez demain au soir à Trianon: vous souperez avec moi. Adieu, partez.