A neuf heures précises, Patrick arrivoit à Trianon.

Un valet guettoit sa venue; il fut aussitôt conduit par lui dans un petit salon, où madame Putiphar, abandonnée nonchalamment sur un divan, promenoit plus nonchalamment encore ses doigts sur les cordes d’une mandoline.

A ses pieds brûloient des parfums d’Arabie.

La fenêtre, tapissée de clématites et de liserons, étoit ouverte à la brise embaumée du soir, ou pour parler synchroniquement un langage contemporain, à la tiède haleine de l’amant de Flore.

Le divan, le sopha, l’ottomane, faits sur les dessins de François Boucher, étoient assurément ce qu’avoit produit de plus fantasque l’école du Borromini, c’est-à-dire l’école de la ligne tourmentée.

Pour arriver à chantourner et à tarabiscoter ces surfaces et ces galbes,—qu’on me passe ces mots techniques,—la puissance d’imaginative qu’il avoit fallu devoit tenir de fort près au génie, en étoit peut-être.

Ce que je n’oserai affirmer jusqu’à ce qu’un concile, composé de Sophocle et de l’abbé de Voisenon, de Théocrite et de Vadé, de Leonard de Vinci et de Watteau, de Michel Cervantes et de saint Augustin, ait décidé irrévocablement sous quelle forme invariable le génie se révèle, et si cette forme est la ligne droite ou le tarabiscot.

La table, le guéridon, les consoles et les jardinières étoient chargées de vases en porcelaine de la manufacture de Sèvres de madame Putiphar, touts remplis de fleurs rares et odorantes. Un lustre de crystal de roche, des bras de vermeil, plus tarabiscotés encore que les meubles, et chargés de bougies guillochées, illuminoient ce harem délicieux. Oui, harem, et non pas boudoir, car tout cela avoit quelque chose d’oriental, peu dans la forme, mais beaucoup dans la pensée.