LIVRE TROISIÈME.
XXXII.
Revenue de son évanouissement, Déborah avoit été transportée en son appartement.
Elle exigea qu’on la laissât seule, pour trancher court à ces insipides consolations, que peuvent prodiguer des personnes étrangères, consolations aussi banales que les salutations consacrées par la politesse; et elle refusa, malgré toutes sollicitations, les soins d’une garde, pour éloigner d’elle un témoin auquel il auroit fallu qu’elle donnât sa douleur en spectacle, si sa présence ne l’avoit comprimée péniblement.
Elle passa toute la nuit dans un trouble voisin de la folie, accusant de ses malheurs le monde, la Providence, le Destin; leur adressant tour à tour d’amers reproches, les maudissant; et quand elle avoit bien promené sa colère du Ciel à la terre, des hommes à Dieu, elle la tournoit contre elle-même, et faisoit retomber un à un sur sa tête les blasphêmes qu’elle avoit proférés. Elle regrettoit d’avoir reçu l’existence, d’être entrée dans la vie; elle invoquoit la mort. Par un mouvement naturel dans le désespoir, elle se heurtoit le front comme pour le briser, et en laisser échapper les pensées horribles qui s’y entrechoquoient, et elle se frappoit la poitrine comme un prisonnier frappe le mur de son cachot, pour la briser et ouvrir un passage à son âme captive, révoltée contre le corps qui la forçoit à la vie.
Une fois même, dans un paroxysme de délire, elle ouvrit une fenêtre pour s’y précipiter; mais un tressaillement dans ses entrailles lui ayant rappelé subitement qu’elle étoit mère, elle avoit ressenti une profonde horreur de son action, et étoit revenue se jeter sur son lit trempé de larmes.